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UNE JUNGLE BIEN ENTRETENUE

S’amuser 15 heures par jour

Par: Joffre Grondin

David St-Pierre, copropriétaire des Serres Bégin nous dévoile les fruits d’un pamplemoussier: David affirme qu’il déteste travailler, c’est pourquoi il « s’amuse 15 heures par jour » dans ses serres, entouré de ses 22 000 plantes.

David St-Pierre, copropriétaire des Serres Bégin nous dévoile les fruits d’un pamplemoussier: David affirme qu’il déteste travailler, c’est pourquoi il « s’amuse 15 heures par jour » dans ses serres, entouré de ses 22 000 plantes.

Par un jour froid de janvier 2016, un fardier, une « van » de 53 pieds, chauffée, emprunte la montée qui conduit aux Serres Bégin à Notre-Dame-des-Pins. Elle arrive du Sud après plusieurs jours de voyage, et est bourrée à pleine capacité d’arbres tropicaux en fleurs et en fruit, de plantes tropicales en floraison qui seront entreposées aux Serres, avant de s’implanter un peu partout en Beauce et au Québec.

Mais quelques jours auparavant…

« Excusez le désordre, mais il nous arrive une “van” dans quelques jours et on doit faire de la place », avait lancé le type au large sourire en accueillant le client qui venait pour acheter une fougère. Quelques minutes plus tard, entre une fougère, une plante-araignée, et un superbe pamplemousse, David avait déclaré avec le sourire :

« Je n’aime pas travailler, c’est pourquoi je m’amuse ici 15 heures par jour ».

Ce n’est qu’en réglant la petite addition, que les deux ont appris que David St-Pierre était le copropriétaire avec sa dame, et que le client était journaliste.

C’est pourquoi le dimanche 17 janvier 2016, par une température pas du tout tropicale, Beauce Magazine était sur les lieux, avec le sourire.

Quelque chose de rare, cet « arbre sec » qui n’a pas de feuillage, va créer une orchidée fantôme, comme celle illustrée à gauche de la photo, fleur qui est difficile à trouver maintenant dans un milieu naturel.

Quelque chose de rare, cet « arbre sec » qui n’a pas de feuillage, va créer une orchidée fantôme, comme celle illustrée à gauche de la photo, fleur qui est difficile à trouver maintenant dans un milieu naturel.

Et quel accueil !

Palmiers, mandariniers, pamplemoussiers, citronniers, cannelliers, orangers, on en voit partout en entrant dans l’entreprise. Et ça sent bon et c’est exotique. Ceux qui ont un odorat très fin seront comblés.

Il n’y a pas que les yeux et le nez qui sont sollicités, sortis de leur cage, car la porte est volontairement laissée ouverte, deux perroquets font un mini-raffut avec une joie non dissimulée.

Le patron est accueillant et révèle qu’ils sont là pour se reproduire. Il y a pire comme occupation ! Et ils seront rejoints dans quelques mois par une quarantaine de leurs congénères. Mais c’est une autre histoire sur laquelle nous reviendrons. (Avant que vous ne le demandiez, oui, le patron nous assure que les futurs arrivants parlent.)

Un choix de 22 000 plantes

Depuis bientôt cinq ans, deux passionnés David St-Pierre et sa conjointe Priscella De Palm sont copropriétaires des Serres Bégin. Ils ont non seulement réussi le tour de force d’introduire et de distribuer des plantes tropicales au Québec, mais sont en bonne voie de devenir le plus important grossiste du domaine en province, et peut-être bientôt au national.

Entre deux descriptions d’arbres, de fruits et de fleurs émaillées d’anecdotes sur son parcours de vie très particulier, le volubile et expansif ami des plantes insiste sur sa « très bonne équipe », sans laquelle… vous connaissez la suite. On entend souvent dire, mais on ne le répètera jamais assez : une équipe finement tricotée fait foi de tout, et ce, dans tous les domaines. Et c’est ici le cas.

Une clémentine comparée à deux pamplemousses différents pris directement des arbres. Vous pourriez les avoir chez vous.

Une clémentine comparée à deux pamplemousses différents pris directement des arbres. Vous pourriez les avoir chez vous.

Un parcours qui a des racines

David St-Pierre a un parcours de vie assez unique. Il se sauve de chez lui à 14 ans, de Floride, et deux ans plus tard, à 16 ans, on le retrouve contremaître de 108 hommes quelque part dans les Caraïbes, travaillant dans le domaine des plantes tropicales. Voyages, nouveaux pays et paysages, îles Vierges et beaucoup d’ailleurs, c’est la rencontre, quelque part, de Priscella De Palm qui deviendra sa compagne et partenaire.

De retour au Québec, un premier emploi à l’imprimerie Solisco, à Scott, lui permettra d’amasser les 20 000 $ nécessaires pour faire venir ses 100 premiers palmiers.

Mais il faut les vendre… 

Seulement 7 palmiers se vendent la première semaine. Que faire ? Cogitation en dégustant un cocktail au rhum près de ses palmiers, nous assure-t-il. Et soudain… L’idée de louer des palmiers et d’aménager des terrasses s’impose. En deux temps trois mouvements, tout est parti. Les aménagements de palmiers font fureur. Vous le savez, vous les avez vus. Tellement exotique !

Presque 5 ans plus tard

Plus de 300 centres jardins, 3 hôtels Jaro, des Canadian Tire et bien d’autres sont fournis en plantes tropicales par les Serres Bégin. Vous aussi pouvez en profiter, comme bien d’autres personnes en région l’ont fait.

Petits cactus pour colorer le paysage

Petits cactus pour colorer le paysage

Ne soyez pas pris par les prix ?

Si vous vous demandez si on peut avoir une plante tropicale chez soi, la réponse est « Oui ! », il suffit d’avoir beaucoup de lumière à l’endroit où vous la placerez dans votre maison. Les prix ! Il y en a pour toutes les bourses. Vous trouvez de toutes petites plantes, pas nécessairement tropicales, à quelques dollars, au citronnier à 50 dollars (j’en ai un, j’en ai un, j’en ai un !) jusqu’à 250 dollars pour des arbres plus rares ou plus imposants, il y a tout entre les deux. Évidemment, si vous visez le bonzaï de 162 ans, vous êtes mieux d’atteler votre portefeuille.

Pause limonade

Goûter un pamplemousse que notre magicien tropical vient de cueillir sur l’arbre, suivi par une limonade très fraîche, concoctée avec un citron qui vient à peine de quitter son arbre est un plaisir pour les papilles qu’ils n’oublieront pas de sitôt.

C'est beau, mais pour savoir ce que c'est, vous allez devoir demander.

C’est beau, mais pour savoir ce que c’est, vous allez devoir demander.

Recueilli en vrac durant la visite

Nous avons eu droit à une visite, guidés par le créatif et visionnaire David St-Pierre dont le débit rapide garde vos petites cellules grises bien éveillées. Voici en vrac, ce que nous avons pu retenir en rafale. C’est un peu pas démêlé, on ne sait pas toujours quand finit David et quand commence le journaliste, mais ça se rapproche beaucoup de la réalité de la visite. Un peu comme si vous étiez là.

Voici 2 brain cactus ils sont très rares. Effectivement, ça ressemble à des cerveaux.

Nous sont présentés des gardénias de Tahiti, un ou des bromelia guzmania, un palmier dahoon de la famille cycas, et un arbre cocktail de fruits, qui grâce à des greffes, peut porter entre 4 et 6 fruits différents.

Et ça, c’est un coléus canin, une plante qui éloigne chats et chiens. Bon à savoir.

Nous sommes une des plus grosses réserves d’agrumes au Québec lance fièrement le volubile propriétaire.

Un citronnier en fleur et en fruit.

Un citronnier en fleur et en fruit.

Dégustez le « fruit miracle » ; le petit fruit rouge de cet arbre a pour effet de supprimer les sensations de l’acidité et de l’amertume pendant une demi-heure à deux heures. Pendant ce temps, tout ce que vous mangez goûtera sucré.

Les agaves : on en trouve principalement au Mexique, mais aussi dans le sud-ouest des États-Unis, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. La tequila est faite avec l’agave bleu.

Les serres abritent 27 sortes d’Aloès « elles adorent nos conditions », s’enthousiasme notre guide, en expliquant la différence de longueur et de hauteur des conditions de lumière entre le 12 heures des pays proches de l’équateur et ici.

Pimenta dioica, allspice, le piment de la Jamaïque, une plante qui sent l’allspice, et qui donne des grains de la grosseur d’un pois.

Voici un cannellier. C’est l’écorce séchée et moulue qu’on achète, et c’est ce que sent l’arbre.

Un croisement fait en Floride deux palmiers différents a généré un nouveau palmier, qui ne peut se reproduire, donc une mule, mais qui peut résister à des froids de 12 degrés sous zéro.

On comprend tout de suite pourquoi on le nomme pied d’éléphant.

On comprend tout de suite pourquoi on le nomme pied d’éléphant.

En voyant cette plante, il est très facile de comprendre pourquoi on l’appelle un pied d’éléphant.

Les permis

N’importe pas des plantes qui veut. Le marché est très règlementé. David St-Pierre en est graduellement venu à détenir 167 permis d’importation. Chacun permet d’importer plusieurs sortes de plantes. Obtenir ces permis est un long processus, mais comme le précise David : « c’est long, mais du temps, j’en ai ».

S’adapter ou non !

David St-Pierre amène de 10 à 15 nouvelles plantes par année.  Comment savoir si les plantes vont s’adapter ? Une section spéciale, une année pour voir leur réaction, et une autre année d’observation. D’après monsieur St-Pierre, après deux ans, 4 ou 5 plantes réagissent assez bien pour qu’ils puissent être gardés au Québec.IMG_0082

Pas retenu le nom, mais quand on lève la jupe de cette sorte de fougère, c’est ce qu’on aperçoit. Ça pourrait faire peur aux enfants.

Pas retenu le nom, mais quand on lève la jupe de cette sorte de fougère, c’est ce qu’on aperçoit. Ça pourrait faire peur aux enfants.

Il y a d’ailleurs une « place pour les expériences, un endroit de la serre beaucoup plus frais où les plantes passent une année ; elles passeront une autre année dans un endroit plus chaud pour observer comment elles se comportent. Les survivants gagneront une place dans la serre et dans nos maisons.

Parmi les plantes “à l’essai”, notre guide pointe un bambou noir de Thaïlande d’assez bonne hauteur. Cet arbre, dont la couleur noire tranche avec la prédominance des tons de vert, “va à 60 pieds en 30 jours, donc 2 pieds par jour” partage l’expérimentateur. On verra comment il se comporte.

R&D

Un premier projet de recherche et développement démarre en février. Il est basé sur les observations qui montraient que certaines plantes s’adaptaient et réagissaient mieux que d’autres, certaines donnant deux ou trois floraisons. Les aloès sont un bon exemple de plantes qui s’épanouissent dans notre climat. Les heures de lumières sont de 12 heures à l’équateur, mais au Québec, les heures de lumières diminuent de même que la hauteur de la lumière. Le projet étudiera l’impact de la lumière sur les plantes.

Projet

Ce n’est pas un rêve, car le projet d’un jardin botanique intérieur, donc couvert, est déjà commencé. Déjà, l’an dernier, 175 arbres ont été plantés. Il y en aura également 175 autres cette année. Le projet vise à créer un sentier couvert de 1 km, qui serait ouvert à l’année, avec des plantes tropicales tout au long du parcours, et qui ne serait pas en ligne droite, mais sinueux. Selon monsieur St-Pierre, des commanditaires seraient déjà intéressés au projet en voie de réalisation.

L’avenir

M. St-Pierre affirme que ce sont les quatre premières années qui ont été les plus difficiles. Terminant bientôt sa cinquième, son but est maintenant que dans sa douzième saison, il soit devenu le plus grand fournisseur de plantes tropicales au Québec, sinon au Canada.

L’homme au pouce vert nous révèle que chaque année, il accueille deux ou trois personnes qui “ont des difficultés”, mais “qui veulent apprendre quelque chose”, et qui lui sont recommandées par la Commission scolaire Beauce-Etchemins. Apprendre à faire pousser et entretenir des plantes est valorisant.

Tailler un bonzaï n’est pas de tout repos.

Tailler un bonzaï n’est pas de tout repos.

En sortant, car vous allez sûrement y entrer bientôt, ne manquez pas de jeter un second regard au bonzaï de 162 ans.

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