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Éloi-Gérard Talbot : travail de colosse

Par: Joffre Grondin

Regardez l'auteur, vous connaissez sûrement

Si vous êtes de Charlevoix, Saguenay, Montmagny, L’Islet, Bellechasse, Beauce, Dorchester ou Frontenac et êtes intéressé par la généalogie de votre famille, c’est fatal, le nom de Éloi-Gérard Talbot apparaitra sur la couverture de la collection que vous trouverez à votre bibliothèque. Qui était cet homme ?

Il vécut quand le papier était roi, au temps des plumes que l’on trempait dans l’encre, des fichiers, des classeurs et des dactylographes qui nécessitaient tout un cérémonial pour corriger la moindre erreur. L’histoire, avec raison, l’a retenu comme généalogiste, mais le Capitaine Éloi-Gérard Talbot, frère mariste, enseignant, milicien, tireur médaillé, conférencier recherché, était aussi généalogiste.

L’oeuvre qu’il a laissée serait qualifiée de colossale, même si cela avait été son activité principale. Cependant, ce n’est pas le cas ; c’était ce qu’on verrait aujourd’hui comme un hobby qui est devenu une passion dévorante. Alors on va dire colossale plus.

Voici ce qu'il avait l'air Photo : Gracieuseté Société du patrimoine des beaucerons

Comment y est-il arrivé ? Tous ses temps libres, avec ordre et méthode, mémoire et capacité de travail extraordinaire, le tout déployé dans des structures qui étaient des milieux de vie où il se mouvait comme un poisson dans l’eau.

Né très jeune… 

Né le 10 mars 1899, c’est vraiment un homme du vingtième siècle. Quelques semaines après sa naissance, alors que le nouveau siècle naît, ses parents emménagent dans une maison que l’on peut encore voir au 2200, 1re Avenue à Saint-Georges Ouest.

Entré à 14 ans au noviciat des Frères Maristes, il commence à enseigner en 1915. Il obtient différents diplômes et prononce ses voeux en 1920. Il enseignera 52 ans, surtout l’anglais, car il était parfaitement bilingue, ce qui lui permettra de donner des conférences aux États-Unis plus tard.

Entre 1922 et 1931, il est professeur au Collège Laval. D’après Daniel Carrier, directeur général de la Société du patrimoine des Beaucerons, ce serait là qu’il aurait pris un cours de lieutenant et éventuellement un Grade A, pour être entraîneur de corps de cadets. Il eut donc le grade de capitaine. Il était « tellement fier de la milice, il aimait beaucoup ça », assure Daniel.

Le Capitaine Éloi-Gérard, devant la maison familiale maintenant au 2200, 1re avenue à Saint-Georges Ouest Photo : Gracieuseté Société du patrimoine des beaucerons

Il obtient également une médaille de tireur qu’il portera fièrement toute sa vie sur laquelle est inscrit DCR Assn Special Class, Dominion of Canada Rifle Association, Special Class.

Il faut dire qu’en 1939, tous les juvénats se préparaient pour la guerre, et le Capitaine Éloi-Gérard dirigeait les manoeuvres des cadets d’un peu partout au Québec, le tout entremêlé avec la Fête-Dieu et des excursions à Sainte-Anne de Beaupré.

Autres temps, autres moeurs. Soyons fiers de nos racines.

Un jour… une méthode

Comment une passion se déclenche-t-elle ? Pas toujours facile à cerner. Mais c’est apparemment en faisant des recherches pour la généalogie de sa famille qu’il a pris la piqûre.

Il fallait une méthode de recherche et de classement. Notre source, Daniel, nous révèle qu’il y a trois grands pionniers en généalogie au Québec : Mgr. Cyprien Tanguay, de Sainte-Hénédine, qui a publié, en 1871, un Dictionnaire généalogique des familles canadiennes-françaises, suivi par le curé Beaumont de Saint-Joseph, avec son Dictionnaire de généalogie publié en 1890. Ce serait de ce dernier que le capitaine Éloi-Gérard aurait pris les bases de sa méthode pour devenir le troisième pionnier.

Il en a fait plus de 300 comme celui-ci, à la main. Incroyable! Photo : Gracieuseté Société du patrimoine des beaucerons

Il a créé un ingénieux système de fichiers pour établir les lignées qui a servi à plusieurs générations après lui. Les chiffres à gauche indiquent l’ascendance, et ceux à droite la descendance. Vous commencez tout en bas en identifiant votre père, mère ou grand-père. Vous prenez le chiffre à gauche et ascendez, vous montez vers le même chiffre à droite. Ce chiffre vous le retrouvez plus haut sur la gauche et bientôt, vous arrivez à votre ancêtre, le premier venu de France.

Ce n’est pas parfait, mais même un enfant peut le faire. Preuve à l’appui.

C’est beau un système, mais…

Encore faut-il trouver les données. Au Québec, dès le début, les curés ont tenu les registres des mariages (Québec, 1618, le Père Le Caron marie la fille de Louis Hébert), les notaires royaux les contrats, des 1674. Il paraîtrait que rares sont les pays qui peuvent se vanter d’avoir une telle documentation.

Disponibles, mais à quel prix

Il fallait les qualités d’Éloi-Gérard, ses aptitudes, sa constance, sa capacité de travail qui lui permettait « de se reposer en faisant autre chose », comme mentionnés dans un texte biographique. Les générations présentes ne sont pas familières avec la vieille phrase, « fais autre chose » que l’on se faisait dire quand on était « tanné » de faire quelque chose, ou simplement fatigué.

Les objets personnels, dont les médailles

Plus jeune tu « tannes » et plus vieux, tu « fatigues ».  Enfin, autrefois c’était ça. Le principe était que changer d’occupation, « Ça change le mal de place » et en faisant focus sur quelque chose de différent, c’est reposant.

Quand il était fatigué, il se reposait en faisant autre chose. Il y a peut-être quelque chose à comprendre sur tout le travail qu’ont pu abattre nos ancêtres en appliquant ce simple principe, truc, quelque soit le mot.

Avec cette corde de plus à son arc, cet homme d’ordre nous a laissé un legs impressionnant. D’autant plus que ses successeurs peuvent continuer de bâtir sur ces pierres angulaires.

Une partie de l’oeuvre

La liste est loin d’être exhaustive, mais compte parmi les collections les plus connues.

Une autre impressionnante collection

Recueil de généalogies des comtés Charlevoix et Saguenay depuis l’origine jusqu’à 1939. 2 volumes

Recueil de généalogies des comtés de Beauce, Dorchester et Frontenac. 11 volumes

Généalogies des familles originaires des comtés de Montmagny, L’Islet et Bellechasse. 16 volumes

Recueil de généalogies pour les comtés de Charlevoix et de Saguenay (données sur 140,000 mariages)

De plus, il a recherché et monté plus de 300 tableaux de généalogie de familles.

Conférencier et collectionneur

Parfait bilingue, ayant beaucoup d’entregent, une mémoire permettant de tirer du terroir de nombreux faits, il donna de nombreuses conférences tout en étant membre de nombreuses sociétés.

Sa bibliothèque personnelle, encore propriété des Frères Maristes, est prêtée à la Société de généalogie de Château-Richer.

Cependant, un autre Fonds se trouve ailleurs. Le document se trouve maintenant à la maison Provinciale des Maristes, à Château-Richer, mais le 19 septembre 1982, le juge Robert Vézina (1906-1989) écrit à André Garant, historien régional bien connu dont on peut trouver les écrits sur le site du Comité Culturel et Patrimonial de Beauceville au   http://sites.google.com/site/wwwccpbca/ccpbca

Cinquantième anniversaire de vie religieuse, vers 1964. Photo : Gracieuseté Société du patrimoine des beaucerons

« J’avais gardé pendant plusieurs années dans la voûte de mon bureau une grosse valise remplie de documents historiques concernant la Beauce y compris les vraies copies de concessions de seigneuries. Le Frère Éloi-Gérard Talbot me les a demandés pour faire des recherches. Comme ma voûte était encombrée, je les lui ai remis. Je ne sais pas ce qu’il en a fait parce que je ne les ai jamais revus. »

Le Fonds Éloi-Gérard Talbot se trouve maintenant à la Société du patrimoine des Beaucerons de Saint-Joseph-de-Beauce. Nous sommes reconnaissants d’y avoir eu accès pour cet article

Retourner dans le passé pour fouiller dans les réalisations de ceux qui nous ont précédés permet de retrouver un mode de vie qui n’existe plus, mais qui a permis que ces hommes ou ces femmes puissent consacrer leurs talents et leurs temps pour nous laisser des documents historiques irremplaçables sur lesquels nous pouvons continuer l’oeuvre d’un pays, pour nous et nos descendants.

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