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LE GÉNIE QUÉBÉCOIS TRAITÉ PAR L’HYDRO

Opinion d’un scientifique Michel Gauthier, PARTIE 1

Par: Michel Gauthier

L’auteur, Michel Gauthier, en canot, montre un accumulateur (en vert) au phosphate de fer fabriqué par Phostech au Québec, dont il est le président fondateur, et assemblé par un client de Phostech aux USA. Il sert à propulser l’embarcation sur environ 15 km.

Le 11 septembre 2012 un article long et fouillé paraissait dans les pages du journal Le Devoir qui dévoilait un côté assez sombre des comportements des dirigeants d’Hydro-Québec. L’auteur, Michel Gauthier, un scientifique de haut niveau, avait lui-même payé les coûts de parution, mais l’élection du 4 septembre en avait retardé la publication.

Convaincu que chaque citoyen du Québec devrait prendre connaissance de ce texte d’opinion, Beauce Magazine a contacté l’auteur, qui a gracieusement accepté de publier dans nos pages. La longueur du texte nous incite à le scinder en deux parties. La deuxième partie, demain, fournira une courte biographie de l’auteur.

Opinion d’un scientifique qui a contribué au leadership technologique du Québec sur les accumulateurs au lithium 

Partie 1

LES DIRIGEANTS RÉCENTS D’HYDRO-QUÉBEC ET LE GOUVERNEMENT ONT TRAHI LE RÊVE DE RENÉ LÉVESQUE

Lorsque René Lévesque a nationalisé l’électricité, il a donné au Québec le contrôle d’une source d’énergie renouvelable qui a généré et générera encore des revenus de milliards de dollars pour des décennies. Ce faisant, il a également doté le Québec d’un outil de développement économique unique qui n’est pas étranger au succès de nos firmes d’ingénierie partout dans le monde.

La nationalisation a également entrainé la création de l’IREQ (Institut de recherche en Électricité du Québec), son centre de recherche, mis en place en 1970 dans la foulée des grands barrages tels que Manicouagan. L’IREQ est associé à de grands succès tels que les lignes de transport de l’électricité à 700kV, mais aussi à des mises en valeur plus problématique comme celle du Moteur-Roue du Dr Couture. 

Le développement des accumulateurs au lithium où le Québec a été un pionnier reconnu mondialement mérite un examen sérieux, car après 40 ans de recherche et développement (R&D), l’auteur conclut que les dirigeants d’Hydro-Québec n’ont pas su ou voulu, mener à terme des développements technologiques capables d’entrainer des développements industriels dans des secteurs d’avenir : stockage de l’énergie, transport électrique, production et exportation de produits à haute valeur ajoutée (les accumulateurs et leurs composantes) et même, à terme, la transformation secondaire de minerais abondants au Québec ( lithium, phosphates, fer…).

L’objectif corporatif

De 1976 à 1999, la R&D sur les accumulateurs au lithium fut un objectif corporatif d’Hydro-Québec. Ce mode de stockage de l’électricité ouvrait la porte au remplacement du pétrole dans le transport et à l’amélioration de l’efficacité du réseau (réserve d’énergie et de puissance et stockage d’énergies intermittentes) ; des problèmes d’actualité dans un domaine où le Québec avait un atout créatif pour innover : l’hydro-électricité.

Avec le soutien des dirigeants de l’époque, une expertise a été développée sur la technologie films-minces ACEP, celle des Accumulateurs au lithium métallique à Électrolyte Polymère.

Du lingot au véhicule

En 20 ans, on a appris à transformer des lingots de lithium en kilomètres de feuillards minces, appris à rendre conducteurs des films de plastiques (polymères + sels de lithium) et à en faire des piles électrochimiques en films minces jamais réalisés auparavant et, non le moindre, on a développé au Québec les procédés de fabrication des accumulateurs qui sont passés de cellules de laboratoire de 4 cm2 à des installations de 30 kWh installées dans un véhicule électrique.

Collaborateurs internationaux

Ces développements ne se sont pas faits en vase clos. Grâce aux moyens et à l’engagement soutenu d’Hydro-Québec, des collaborations internationales ont pu être mises en place : avec le CNRS France à l’origine de la pile polymère film-minces, avec la pétrolière Elf-Aquitaine, avec la société Yuasa du Japon et finalement avec la société américaine 3M dans le cadre de contrats de ~ 1 20 M$ du Consortium américain USABC pour développer un accumulateur pour le véhicule électrique. Le résultat: en 1999, Hydro-Québec se retrouvait avec des équipes de plus de 140 chercheurs, techniciens et ingénieurs de l’IREQ, au LTEE et dans la filiale de production Argo Tech et surtout avec un savoir-faire et un portefeuille de brevets lui assurant un monopole sur la technologie.

André Caillé entre en scène

En 1999, André Caillé, alors PDG d’Hydro-Québec, s’est fait convaincre que le stockage de l’électricité par accumulateur n’était plus un objectif d’affaires et que la société n’avait plus à poursuivre de R&D corporative. Il a ainsi provoqué le départ de l’équipe dirigeante du projet et la disparition de la R&D sur les accumulateurs. Hydro-Québec vend alors la moitié de la technologie pour plus de 100 M$ à l’Américaine Ken-McGee ; il s’ensuit une accélération forcée de de la commercialisation qui conduit l’entreprise conjointe d’AVESTOR à la faillite après des investissements additionnels de plus de 200 M$.

Thierry Vandal

L’aventure se termine en 2006 par le rachat de la technologie pour une quinzaine de millions de $ par Bolloré France. Heureusement, ce dernier conserve la vision du véhicule électrique et décide de garder une partie de la production au Québec. Interrogé en 2010 par Radio-Canada sur la vente, le PDG d’Hydro-Québec Thierry Vandal, certainement mal conseillé, déclare alors que la technologie n’était plus prometteuse pour le véhicule électrique ! Peu de temps après, Investissement Québec décide d’investir 16 M$ dans l’entreprise française pour la production à Boucherville d’accumulateurs pour véhicules électriques…

Découverte !

Au moment où en 1999, Hydro-Québec décide de couper dans la R&D, un groupe de recherche de l’Université de Montréal (U de M) découvre un procédé qui rend possible I’utilisation d’un matériau d’électrode révolutionnaire: le phosphate de fer et de lithium (LiFePO4) récemment breveté par l’Université du Texas (UT). Pour poursuivre leurs recherches, quelques chercheurs travaillant à l’U de M créent en 2001 Phostech Lithium afin de développer et produire commercialement le matériau. Des accords de licences sont signés entre Phostech, UdeM/CNRS, HQ et l’UT pour obtenir de cette dernière en particulier les droits sur les accumulateurs au lithium-ion, le marché principal visé par Phostech.

La ‘clause Québec’ 

La licence de fabrication et vente du C-LiFePO4 accordée à Phostech est alors exclusive et inclut l’obligation de produire un tiers de la production mondiale au Québec (‘clause Québec’), ce qui garantissait au Québec un rôle majeur dans les nouvelles technologies du lithium.

Après l’incorporation de Phostech, l’importance du C-LiFePO4 comme le matériau d’avenir pour les accumulateurs au lithium est enfin reconnue et divers groupes s’y intéressent. Une compagnie japonaise NTT ’emprunte’ l’invention de l’Université du Texas et dépose un brevet au Japon. U de M/Phostech découvre le brevet et informe HO et UT qui décident conjointement de poursuivre NTT pour rien de moins que 500 M$ US…. D’autres sociétés américaines produisant en Chine brevètent les inventions ‘redécouvertes’ de UT et de U de M, signe que les enjeux sont désormais énormes. L’effet de ces litiges est de retarder l’adoption du nouveau produit chez les utilisateurs et le développement du marché, particulièrement au Japon.

Pour Phostech, il faut trouver des partenaires  financiers solides. Après deux ans de négociations avec des partenaires internationaux : Mitsui, Umicore, A123… c’est la société allemande Süd-Chemie qui accepte d’investir et de s’installer au Canada, une demande de Phostech garantie par la ‘Clause Québec’.  Süd-Chemie devient alors I’actionnaire unique de Phostech en 2008 après que la SGF (actionnaire au départ) ait renoncé à investir dans le projet d’usine pour des raisons demeurées inconnues. Phostech met en place deux usines: Saint-Bruno et Candiac avec une capacité de production de 3000 t/an, équivalente à 10 % du marché mondial de ce type d’électrodes positives.

Hydro-Québec change d’idée

En 2010, volte-face : les responsables d’Hydro-Québec décident que la propriété intellectuelle concentrée chez Phostech a une valeur commerciale plus grande que prévue, que la croissance du marché du LiFePO4 doit être accélérée, que Phostech ne développe pas le marché suffisamment vite et que ses produits sont de mauvaise qualité !

En 2011, à la suite de pressions sur les autres copropriétaires des brevets licenciés et sur l’actionnaire de Phostech (alors contrôlé par le groupe financier JP Morgan), l’exclusivité de Phostech est levée et des accords de licences multiples (de 5 à 10 ?) sont annoncés générant des revenus de 50-60M $ instantanément. Or, c’est dans un contexte d’exclusivité lui permettant d’exporter partout dans le monde que Phostech avait fait le choix d’un procédé de haute qualité, mais exigeant des investissements coûteux (80 M$).

Avec la multiplication des licences, Phostech se retrouve prématurément en compétition avec des fabricants asiatiques dont les pratiques commerciales obéissent à des règles différentes, une situation que l’auteur, président fondateur de Phostech, a dénoncée en 2010, car elle remettait en jeu l’avantage dont le Québec avait pu se doter pour produire et exporter des produits transformés. Depuis, malgré l’octroi de licences tous azimuts, le marché n’a pas explosé, par contre Phostech fait désormais face à une compétition féroce.

Redevenir petits

C’est toute la percée technologique et le rôle de leader du Québec sur les accumulateurs au lithium qui ont été remis en cause par des décisions d’Hydro-Québec. La politique de R&D d’Hydro-Québec, maintenant orientée vers la vente de licences, retournera le Québec dans la cour des petits. Aucune société privée ou publique ne peut raisonnablement espérer rentabiliser ses investissements en R&D par des ventes de licences ; les brevets et le savoir-faire sont des outils de développement d’opportunités d’affaires, pas des opérations monétaires spéculatives.

Où est le retour sur investissement ?

Le développement de la technologie ACEP représente à date des investissements de près d’un milliard de dollars (Gauthier, ACFAS 11 mai 2012). Qu’en est-il resté ? Une dizaine de millions pour la vente de feu de la technologie Avestor. Heureusement que Bolloré a maintenu une partie de ses activités au Québec, car le Québec n’est plus propriétaire de la technologie ! Que représentent d’autre part les 50-60M$ des licences reprises de Phostech, en regard de la mise en place d’usines de fabrication de phosphates…. découlant de la ‘clause Québec’ ?

Ne serait-il pas normal qu’Hydro-Québec rende compte de ses décisions et explique l’abandon de son rôle d’outil de développement technologique ?

LA PARTIE 2 SE TROUVE ICI : http://beaucemagazine.com/?p=8593 

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