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Félicitations grand-père

Par: Joffre Grondin

La maman, le jeune grand-père et la vedette, Mathilde

Elle vient d’arriver. Elle s’appelle Mathilde. Une première photo avec sa maman et un nouveau grand-père qui nous confiait avoir lui aussi senti « le poids de plus sur les épaules, l’aventure qui commence, etc. J’ai revécu les émotions à la naissance de Mathilde ».

Voici donc un texte qui tente de décrire ce qui passe dans la tête de celui qui a, au minimum une fois au début, regardé son gendre en songeant que, « Y’é mieux d’en prendre soin de ma petite fille », et qui maintenant, attend que le tout petit bébé qu’il tenait en ayant peur de l’échapper soit mère à son tour. Son gendre est maintenant… « ben correct, il va faire un bon père ».

Voici donc, dédié à tous les grands-pères :

APPELEZ-MOI PÉPÈRE

J’ai eu un appel de ma fille après souper, un peu avant neuf heures. « Je suis à l’hôpital, mes eaux ont crevé à six heures durant le party de la compagnie. Tout va bien. L’infirmière arrive. Bye! Je vous rappelle ».

Ma femme n’était pas trop nerveuse. Je l’ai assez facilement convaincue de descendre de sur le frigidaire. Elle regarde un film. Rien de tel qu’un film. Un film de fille, plein de drames. C’est supposé calmer. Moi c’est Rambo ou Arnold qui me calme.

De toute façon, je n’ai pas besoin de me calmer, je suis déjà calme. Je suis juste songeur. C’est plus facile quand c’est pas toi qui accouche. Ou qui assiste. J’ai assisté déjà. Douze heures ou seize heures. Mais comme je disais après : « ça a bien été, j’ai rien senti. J’comprends pas pourquoi je suis fatigué pareil ».

Bon, j’ai dû faire quelque chose de correct parce que ma femme était contente après comme si j’avais été parfait. Je dois avoir fait ce qu’il fallait. À mon souvenir j’étais juste là, à ne rien pouvoir faire. À part les respirations durant les contractions. Je classe ça dans ne rien pouvoir faire, même si je l’ai fait.

En sortant de la pital j’ai appelé mon beau-père et ma belle-mère, que j’aimais bien, pour leur annoncer la nouvelle, et ma mère et mon père. Ma mère a dit ben des choses que j’ai oubliées et mon père a dit quelque chose que je ne me rappelle pas, mais qui voulait dire qu’il me comprenait parce que lui aussi avait été là cinq fois à ne rien pouvoir faire. Y’a pas dit ça comme ça, mais j’ai compris. J’ai pas demandé s’il avait fait les fameuses respirations. Il devait les avoir faites.

Ensuite, j’ai été manger une pizza avec une petite bouteille de vin tout seul, en pensant à la chambre du bébé.

Je me rappelle le sentiment d’avoir eu un petit poids de plus sur les épaules — à peu près huit livres — qui voulait dire que j’avais beaucoup de travail à faire devant moi. Comme un capitaine de bateau qui sort du port, la main sur le gouvernail, en regardant le large, sans l’ombre d’un doute que ce sera un beau voyage.

Ne me dites pas que c’est pas objectif, réaliste, cartésien, scientifique comme pensée. Si on l’était, on ne serait jamais sorti de la caverne, y’avait des dinosaures, des tyrannosaures et toutes sortes d’autres nosaures  pas loin dehors. Faudrait être craqué pas à peu près pour sortir. Mais y en a un qui a décidé que les nosaures dormaient et il est sorti. Les autres sont morts de faim et lui a rencontré une femme qui avait fait la même chose dans la caverne d’à côté. C’est pour ça qu’on peut regarder le large et garder le cap.

Il est maintenant deux heures du matin et j’écris en pensant au petit. Le père du futur nouveau petit je veux dire. J’ai pas de doute sur ma fille. Vous savez comment c’est petit un bébé. Et ça grandit et ça grandit « en corps et en âme » comme ils disent dans la bible, et je rajoute en esprit. Et tout d’un coup l’ex-bébé a « une belle bédaine ». Ça, c’est un langage de femme dont le sens vraiment profond est un peu caché aux hommes. C’est pas une bédaine de bière. On le sait. Une belle bédaine pour une femme veut dire qu’on sent qu’il y a un bébé dedans, qu’il est placé d’une certaine façon, haute ou basse et toutes sortes d’observations subtiles d’expertes qui t’échappent assez rapidement.

Très coquette avec son premier chapeau

Y’a un bébé là-dedans. Surtout, ne me parlez pas de « présence » avec un air décorporé. Je suis là. Pour les respirations mettons. Je peux rien faire de plus, mais je suis là.

Là, ça fait huit heures. Il s’en est passé des respirations. Le téléphone va sonner et mon gendre va m’annoncer la nouvelle, la nouvelle grand-mère sera heureuse, mes oreilles cesseront de siler dans dix minutes, nous parlerons des mots qu’il oubliera peut-être, mais dont il se rappellera l’esprit… dans trente ans, je suppose, je suppose, je suppose.

Il a souffert de ne pas pouvoir partager la souffrance de la mère. Il a tenu le bébé : « une petite affaire de rien », embrassé la mère. Notre bébé. Il est prêt à s’en occuper. La mère se repose. Il se retrouve seul à la sortie de l’hôpital. Il va appeler son père et sa mère et son beau-père et sa belle-mère, il dira des choses qu’il oubliera, mais va recueillir des impressions qu’il n’oubliera jamais, je suppose, je suppose…

Il va aller manger quelque part en pensant aux quelques kilos de plus sur ses épaules, et sera électrisé en voyant le travail devant lui et peut-être, peut-être, je dirais probablement et même j’en suis sûr, il descendra comme une brume claire dans ses yeux, le regard du capitaine de bateau qui sort du port, la main sur le gouvernail, en regardant le large, sans l’ombre d’un doute que ce sera un beau voyage.

Halte là, je suppose, je suppose… les deux paragraphes précédents, c’était moi il y a trente ans. De retour vers le présent.

Le téléphone sonne à 6heures 28 du matin. C’est pas moi qui réponds, mais c’est le futur papa qui nous dit que c’est passé de 3 à 6 et que ça a été dur, mais qu’Elle est extraordinaire et qu’Elle a été de bonne humeur tout le temps et qu’Elle est épatante. Bain thérapeutique kossé ça. À 7, épidurale, ça je sais qu’est-ce que c’est. Il dit qu’Elle est extraordinaire. Très comme sa mère que je pense sans le dire. Nous sommes très émus. Et nous nous rendormons. C’est incroyable! Notre couple a compris que tout allait bien. On dort. Beautiful!

Vers 10 heures, LE téléphone : À 08:38 il est arrivé. Un beau réveil.

Il y a eu une avalanche de détails techniques. Y’en connaissent des affaires et ils en parlent plus que nous autres avant. Mais le plus important, « Elle a fait un travail incroyable » qu’il a dit. « On avait le bébé et on pleurait » . Ça, je comprends.

La grand-mère a avoué. "Je suis déjà gaga".

Le couple a fait des progrès énormes au Québec grâce à la femme. C’est beau à voir. Le bébé est dans la chambre et papa peut faire du camping à côté du lit de la maman. Pas besoin d’aller manger une pizza tout seul comme un chien, et d’être forcé d’abandonner la cellule familiale en formation.

Quand une maman va voir son bébé qui vient d’avoir un bébé, la distance de la Beauce à l’Hôpital Sainte-Justine ou de la terre à la lune est la même. Les deux sont trop loin, mais un vrai pépère va l’amener de la terre à la lune sans problème. C’est parti, on y  va! Vroummmm!

On est arrivé. Gros moment d’émotion. Maman maman  et maman bébé s’enlacent s’embrassent, se fondent, il n’y a pas vraiment de mots dans la langue pour décrire ce qui se passe. Les mamans comprennent. Les mamans et les papas comprennent sans qu’on ait besoin de mots et d’images.

Je serre la main du nouveau papa. Mon père m’avait regardé avec un sourire plus grand que d’habitude et je voyais dans ses yeux toute la fierté qu’il avait sans dire un mot.

Je crois avoir fait la même chose parce que j’ai vu comme une brume claire dans ses yeux, ce regard du capitaine de bateau qui sort du port, la main sur le gouvernail, en regardant le large, sans l’ombre d’un doute que ce sera un beau voyage.

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