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Mon voisin était un voleur de banques.

Par : Rolland Bouffard, collaboration spéciale

Page couverture du livre de Roger Caron, une autobiographie peint le milieu carcéral au Canada. 

Roger Caron matricule 9033, né à Cornwall en Ontario, a fait son premier vol à main armée à l’âge de 16 ans. Après un total de 25 années de prison, il écrit un livre en français et en anglais qui se vend à plus de 700 000 exemplaires. Il reçoit le prix de littérature du Gouverneur général du Canada en 1978.

Après avoir habité quelques années à Rouyn-Noranda dans le cadre de mon travail, au début des années 1980, je suis transféré dans la région d’Ottawa. Je loue un logement dans une tour de 22 étages à Hull, sur les bords de la rivière Outaouais, faisant face aux chutes de la rivière Rideau situées de l’autre côté de la rivière Outaouais, et à la cour arrière de la maison des Trudeau, localisée au 24 Sussex Drive.

Quelques semaines après être installé à cette adresse, un soir, je regarde une émission de télévision. Michel Jasmin fait une entrevue avec un gars qui a fait des vols de banques et a écrit un livre avec l’aide d’une rédactrice. Il raconte ses expériences de voleur de banque, la vie dans les pénitenciers du Canada et ses évasions de prison.

Quelques jours plus tard, je rencontre le gars dans le passage, je le reconnais et lui demande si c’est lui que j’ai vu à la télévision. On fait connaissance, on se donne la main, il habite le logement voisin.

Les Tours Notre-Dame, rue Laurier à Hull.  (Photo : Rolland Bouffard 1983) 

Son histoire

Il est né à Cornwall dans une famille francophone. La première épouse de son père est décédée et a laissé quatre garçons et six filles. Plus tard, son père fait la connaissance d’une jeune fille de vingt ans, elle s’appelle Yvonne, ils se marient et Roger naît le 12 avril 1938, juste à l’époque où Hitler plongeait le monde dans la terreur et la paranoïa. Comme il écrit : « C’était loin d’être le moment idéal pour naître dans une famille misérable » et, tout jeune encore, il a déjà le sentiment de ne pas être le bienvenu. En août 1939, il a une petite sœur, Suzanne. Ses demi-frères et sœurs plus vieux se sont déjà enrôlés dans l’armée.

 En 1954, à l’âge de 16 ans, il fait son premier vol à main armée. Par la suite, il est embarqué dans un fourgon cellulaire avec d’autres gars en direction de la prison provinciale de Guelph. Il y apprend les règles qui régissent la vie en prison, le langage des pénitenciers et le comportement de chacun des pensionnaires.

Il apprend aussi à se battre et à s’évader lors des sorties contrôlées dans les cours de récréation ou lors de travaux exécutés par des prisonniers. D’où l’expression, Go Boy, Go Boy, c’est le cri des gardiens qui annoncent qu’un prisonnier vient de sauter une clôture…

Il réussit à s’évader une douzaine de fois, mais est finalement rattrapé et puni. Il est libéré de prison après quelques mois ou quelques années selon la gravité des gestes. 

À la sortie, il y a toujours un complice qui a un plan infaillible pour un autre vol de banque. Il n’est pas nerveux, il peut facilement tenir une arme à feu, son obsession est de voir le fond des coffres forts. Finalement, le plan échoue et il se retrouve dans une prison quelque part au Canada, que ce soit Millhaven à sécurité maximum, Collin’sBay établissement à sécurité moyenne ou autre, dépendant où le vol a été commis. 

Après vingt-quatre ans

Après un quart de siècle à fréquenter les prisons, il écrit un livre décrivant la situation dans les pénitenciers.

Pendant ces vingt-quatre années, il a connu le milieu carcéral avec toute son horrible brutalité, il a été témoin des émeutes au pénitencier de Kingston, des meurtres, des travaux forcés et de multiples évasions. Il a participé à des expériences médicales qui permettaient de gagner du temps de prison, ou des médecins chercheurs faisaient des tests sur de nouveaux médicaments. Il s’ensuivait de violents maux de tête et des réactions imprévues à l’occasion.

Ce livre, en français et en anglais, s’est vendu à plus de sept cent mille exemplaires. Il a gagné le prix littéraire du Gouverneur général et éventuellement un projet de film est annoncé.

Il a donc des revenus pour payer son logement et acheter une Pontiac Firebird, Trans Am Sport, Toit ouvrant, avec l’Oiseau imprimé sur le « hood ».   

À la pêche

Il racontait qu’à son jeune âge, sa famille partait le dimanche après-midi faire des excursions de pêche sur les rivières de la région de Cornwall. 

Il est arrivé quelques fois que nous ayons pratiqué ce sport ensemble sur les bords de la rivière Outaouais.

Roger Caron à la pêche

Un samedi matin

Un samedi matin, Roger frappe à ma porte. En ouvrant, je remarque qu’il est tout en sueur. Je lui demande s’il sort de la douche. Il me dit qu’il aurait une pierre au rein et n’ose pas utiliser son auto; je le reconduis à l’hôpital. Le dimanche midi, il était de retour. Il devait voir le médecin pour signer son congé, mais le médecin tardait, il a appelé un taxi et a quitté l’hôpital sans voir le médecin. Il avait l’habitude des évasions… 

Le bon samaritain

Quelques mois plus tard, un autre samedi matin, il cogne à ma porte, il m’indique que sa sœur Suzanne lui a téléphoné, révélant que sa mère est gravement malade, il doit se rendre à Cornwall à son chevet.

Une amie doit arriver en avant-midi pour une visite de quelques jours. Elle habite à Hamilton, elle est partie sur le train la veille au soir. Comme le téléphone cellulaire n’est pas encore inventé, il est impossible de la rejoindre. Il me demande si je peux aller la chercher à la gare d’Ottawa. Il a écrit une lettre en anglais à l’attention de la dame, expliquant la situation et lui disant qu’elle peut revenir à son appartement avec moi. Il prévoit être de retour tard en soirée.

À l’heure prévue, je suis à la gare pour l’arrivée du train en provenance de Toronto. Alors que tous les voyageurs ont quitté l’endroit, il reste une jolie fille d’une trentaine d’années sur le quai. Je m’adresse à elle et lui remets la lettre et lui explique que je la ramènerai au logement. Elle est un peu inquiète, elle ne sait pas à qui elle a affaire, mais finalement elle consent à me suivre.

Ma mission était aussi de m’occuper d’elle pour le souper. Roger avait acheté des tournedos et les aliments pour le repas. Tout était dans son réfrigérateur. En fin d’après-midi, je me rends à l’appartement, rapporte les aliments et prépare le souper chez moi. Comme Roger ne prend pas de boisson alcoolique et ne fume pas, j’ai acheté une bouteille de vin et on s’installe sur le balcon pour le repas par une soirée magnifique. Un dictionnaire Français–Anglais nous accompagne dans les circonstances.     

Il est bien entendu que je garde mes distances, il n’est pas question d’aller jouer dans ses talles. Il a aussi un bon réseau d’amies.

Il tourne mal à la fin

Après avoir quitté la région d’Ottawa vers la Beauce, j’ai quelques contacts avec lui, mais par la suite, je perds sa trace. Plus tard, j’apprends qu’un médecin lui annonce qu’il est atteint de la maladie de Parkinson. Il commence à consommer de la cocaïne dont il dit qu’elle le soulage de ses douleurs.

Dans les années 1990, ses revenus sont grugés par les frais d’achats de drogue. Appréhendé après un vol au magasin Zellers à Ottawa, il est condamné à 8 ans de prison.

Après sa sortie de prison, dans les années 2000, il est appréhendé lors d’une tentative de vol à main armée dans un commerce de la rue Rideau à Ottawa. Retour au point de départ.

Il est libéré après quelques années. 

Né le 12 avril 1938, il décède à Cornwall, le 11 avril 2012, une journée avant ses 74 ans.

Une couple de paragraphe de son livre.

Je reproduis une couple de paragraphes du livre, dans lesquels il raconte une partie de son enfance, tiré des pages 128 et 129.

« Le dimanche matin, toute la famille allait à la messe; mon père et trois de mes frères aînés étaient les placeurs attirés. Ils s’acquittaient de leurs fonctions, fiers comme Artaban et faisaient bruyamment claquer leurs talons en passant les corbeilles pour la quête. À la maison, on aurait dit que nous passions notre temps à genoux à réciter le rosaire. Le matin du Nouvel An, nous nous agenouillons solennellement, à tour de rôle, devant mon père pour lui demander sa bénédiction pour l’année qui commençait.

(Artaban; voir la définition sur Google)

Vers la fin de la guerre, comme papa avait du mal à nourrir sa famille, il se lança dans le trafic d’alcool. Au début, son affaire était assez modeste, mais elle prospéra tellement au fil des années qu’il dut louer un terrain de stationnement pour ses clients et trouver des cachettes pour son surplus de gnôle. Il devint une cible de premier choix pour la police locale qui faisait des descentes à la maison dans un grand déploiement de forces. Je finis par m’habituer à être réveillé au milieu de la nuit, aveuglé par une lampe de poche, tandis qu’un gros flic en uniforme fouillait sous mon matelas au cas où il aurait trouvé de l’alcool clandestin. Au bout d’un certain temps, ces perquisitions ne m’effrayèrent plus et je me contentais de me retourner et de me rendormir. 

Un jour, un policier fit une proposition à mon père. Pour vingt-cinq dollars par semaine, il l’avertirait chaque fois qu’un raid serait imminent. C’était là un marché sensationnel et papa sauta sur l’occasion avec, comme résultat, que le nombre de ses comparutions diminua radicalement. Toute la famille était dans le secret et il m’arrivait souvent de répondre quand le flic téléphonait pour dire de prévenir papa et ses clients que ses collègues allaient se pointer d’une minute à l’autre. Une brève agitation régnait le temps que tout le monde se précipite vers la porte la plus proche et file cacher les bouteilles révélatrices dans le champ voisin. Quand les flics faisaient leur entrée fracassante, un spectacle hautement familial les attendait ! Maman cousait, nous, les petits, nous faisions une partie de Monopoly et papa jouait aux cartes avec ses amis, la cafetière bien en vue sur la table. Les policiers repartaient bredouilles et frustrés en se grattant la tête, pendant que mon père riait dans sa barbe à l’idée de les avoir possédés encore une fois. Assis dans mon coin, j’observais toute la scène. Qu’est-ce qui était bien et qu’est-ce qui était mal ? »

Un livre qui compte vingt-neuf chapitres et 367 pages. 

Il a aussi participé à l’écriture d’autres livres. On peut avoir l’information en faisant une recherche; Roger Caron Matricule 9033, ou Roger Caron livres, sur Google. 

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