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ODE À NOVEMBRE QUI S’ENFUIT

Retour sur le mois des morts.

Par: André Garant

 

Dans toutes les civilisations qui se sont succédé le mois de novembre a des liens avec l’au-delà qui semblent dater de la nuit des temps. Nous ne faisons pas exception.

Dans toutes les civilisations qui se sont succédé le mois de novembre a des liens avec l’au-delà qui semblent dater de la nuit des temps. Nous ne faisons pas exception. Photo : Joffre Grondin

Par André Garant

Novembre, le mois des morts… presque poésie, la croyance populaire de jadis imagine que les étoiles filantes sont des âmes du purgatoire qui viennent d’être délivrées. En sortant du corps, l’âme se purifie à même un petit plat d’eau laissé au chevet du moribond.

 « … elle s’est tout simplement éteinte comme une lampe qui n’a plus d’huile », racontait Madeleine Ferron. La mère de Gilles Vigneault, décédée centenaire, rappelait le temps jadis « C’est le temps où l’on vivait toute sa vie, c’est le temps où l’on mourrait toute sa mort. » L’hiver venu, la paille des granges conservait les défunts des neiges, avant le doux soleil du printemps et la fosse béante.

Pas embaumés, les cadavres enflaient… une vitre posée au-dessus du mort aidait à cette difficile cohabitation. Ainsi, le bedeau strappait les cercueils dans la chapelle des morts, le charnier. L’urgence de vivre.

Mort par la visite de Dieu…

 Parti aux pays des ombres… mourir de sa belle mort, mourir subitement. Le Bon Dieu est passé comme un voleur, comme on disait jadis. Il a levé les feutres sans avertir, selon les racontars du magasin général ou de la forge du village d’autrefois. On disait souvent : mort d’une longue maladie… un cancer ? Estomaqué, on lançait même, gros Jean comme devant : décédé mortellement ! Naïf, on ajoutait : le cœur a arrêté de battre.

Elle va manger les pissenlits par la racine… il a dévidé son dernier rouleau. Le dernier râlement, le grand voyage. Il est loin le temps où l’habitant fabriquait sa propre tombe. Le trépassé sera exposé sur les planches, des chaudières sous les siaux au cas où le sang coulerait. Le brassard noir, la couronne à la porte, les décorations lugubres à l’église.

La mort et le ciel

La mort et le ciel. Photo : Joffre Grondin

« Moi je veux mourir debout… et tomber après ! » Voilà comment un rigolo septuagénaire se confiait à moi il y a quelques années.

La tendance actuelle met en vedette les crises cardiaques et les cancers à l’avant-plan des faucheuses. Dans nos logiciels de généalogie, il est intéressant de répertorier les causes de décès d’une génération à l’autre. Sortis de mes recherches et du fonds des enquêtes des coroners du Québec, voici quelques exemples de causes de décès.

Des causes de la mort

Mort d’apoplexie, de congestion cérébrale causée par une indigestion aiguë, mort brûlé dans l’incendie de sa grange, morte par suffocation dans de la vase, mort accidentellement de blessures après avoir été frappé par un billot de bois lors de flottage, morte d’épilepsie, trouvé mort dans le bois à la suite d’une maladie de cœur.

Mon arrière grand-père, Polycarpe Garant, glisse sur la glace et meurt par fracture du crâne. Son épouse voit ses longs cheveux se prendre dans la roue de son attelage et en décède. Un de mes oncles meurt à la guerre. Mort à la naissance, de toute façon, tous sont condamnés à mourir, sentence froide d’un philosophe pas souriant…

Rapports de coroners

Quant à eux, les rapports des coroners résument : mort accidentelle par fractures du crâne et de la colonne vertébrale causées par la chute d’une cheminée, intoxication au barbiturique, crise d’urémie, mort d’une fracture à la moelle épinière due à un traumatisme très violent ayant siégé au niveau de l’oreille et des deux branches montantes et horizontales du maxillaire gauche, mort noyé dans un puits.

Relié plein cuir avec tranche dorée, ce tout petit « Livre du Chrétien » est préservé à la Société historique Sartigan.

Relié plein cuir avec tranche dorée, ce tout petit « Livre du Chrétien » est préservé à la Société historique Sartigan. Photo : Joffre Grondin

La longue litanie continue : diarrhée infantile et rachitisme, morte à la suite d’une dose de sirop de calmant de Gauvin, choc électrique causé par le tonnerre et la quadruple cause :

Azotémie, hypertrophie de la prostate, cardiopathie et diabète… Mort accidentelle par hémorragie causé par un shaft de moulin à scie, mort accidentelle par strangulation par un foulard pris dans une roue de rotation de motoneige, suicide.

Espérons une mort douce : mort par asphyxie dans son sommeil, de gangrène gazeux à la suite d’une amputation de l’avant-bras gauche, mort d’une maladie du placenta. Surprenant : mort de convulsions à la suite d’une diarrhée. Et voici une cause de décès fréquente : mort accidentelle lors d’une perte de maîtrise et du capotage de sa voiture survenue lorsqu’il cherchait une cigarette allumée étant tombée entre les deux sièges.

C’est mourant !

Le commérage dira qu’il a couru après : intoxication éthylique probable. Inhabituelle cause de fin de vie : mort par électrocution après avoir reçu une décharge de 2000 volts

On le savait : mort de débilité infantile congénitale. Des quêteux de villages ne colportent plus les faiseuses d’anges qui expédiaient, à la naissance, des enfants difformes dans l’autre monde : suffocation sous la paillasse, par une longue aiguille dans les fontanelles ou par exposition sur la bavette du poêle à bois, suivi de la froideur de la galerie pendant l’hiver. Une cause historique : le choléra. Memento te.

Par enquête sur le terrain, l’ethnologue beauceronne Madeleine Doyon (1912-1978) nous fait bien rigoler en nous citant les traductions latines naïves d’une vieille habituée des litanies des défunts : Regina patriarchorum (Regina patria charogne)_ Vas spirituale (Vas où ce que tu pourras aller)_ Rosa mystica ou Marie, Rose mystique (Rosa petica)_ Sedes sapientiae ou Trône de la sagesse (c’est aisé à pincer)…

La mort ou le trépas ?

D’habitude, on ne parle pas de mort, on préfère le terme décès, trépas, fin de vie, à l’aube d’une nouvelle vie, fin du voyage terrestre, il ou elle est partie. Il nous a quittés. Jadis, la ruralité aidant, on disait plutôt, la grande faucheuse a fait son œuvre. Disons une absence prolongée pas toujours volontaire. Gone with the wind… Gone but not forgotten, lançait bellement un grand-oncle émigré aux É.-U.

Autre artéfact à la Société historique Sartigan, ce chapelet de grande dimension — entre 4 et 5 pieds de longueur, avec des grains gros comme le bout du pouce — est conservé avec plusieurs autres de plus modeste envergure.

Autre artéfact à la Société historique Sartigan, ce chapelet de grande dimension — entre 4 et 5 pieds de longueur, avec des grains gros comme le bout du pouce — est conservé avec plusieurs autres de plus modeste envergure. Photo : Joffre Grondin

Mon voisin m’a dit : morte par asphyxie ayant le visage enfoncé dans son oreiller pendant une crise de faiblesse ou de perte de connaissance. Les morts violentes : par décharge de 30-30, suicide dans un moment de découragement (empoisonné avec du Vert de Paris ou arsénite de cuivre), mort accidentellement (frappé par un train le corps sectionné en deux) ou mort accidentelle, car empalé sur un bâton en tombant en ski.

Et…!

À la mort de quelqu’un, il est exceptionnel de respecter le silence et d’intérioriser la vie. L’âme se lave-t-elle dans l’eau bénite avant de s’envoler ? Grand pince-sans-rire devant l’éternel, Doris Lussier (1918-1993), il a fait graver sur son monument l’épitaphe suivante : Parti pour voir si mon âme existe…

Qu’est-ce qu’il y a de l’autre bord du tunnel, de l’autre bord du miroir ?

De toute façon, la mort frappe toujours juste chez le voisin… la mort ne me trouvera pas, je vais me cacher !

La tradition amène parfois à se regrouper au cimetière. Opulence ou dénuement des monuments. Allée centrale ou latérale du cimetière. Absence de clôture, car la mort fait partie de la vie ? On riait des riches qui n’emporteront pas leurs piastres au paradis, mais qui rembourreront peut-être leurs couverts de tombe avec leurs dollars… Des profondeurs, je crie vers Toi, Seigneur.

Mais quand même…                                                                                                          Une visite au cimetière paroissial, au columbarium, au Parc commémoratif, ne fait pas mourir. Aussi, le respect des membres de nos familles nous suggère un nettoyage des monuments funéraires.

http://agora.qc.ca/thematiques/mort/documents/mourir_et_la_tombe_est_un_berceau

 André Garant

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