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Une photo contestée…le curé Moïse Fortier (1813-1845)

Par: André Garant

À gauche, la photo du premier curé de Saint-Georges, telle qu’on la retrouve sur la mosaïque des curés de la paroisse, et à droite, celle de Ambroise Martial Fafard. L’un est plus âgé que l’autre, mais ne dirait-on pas qu’ils ont des airs de famille ?

À gauche, la photo du premier curé de Saint-Georges, telle qu’on la retrouve sur la mosaïque des curés de la paroisse, et à droite, celle de Ambroise Martial Fafard. L’un est plus âgé que l’autre, mais ne dirait-on pas qu’ils ont des airs de famille ?

Par André Garant

Il y a 170 ans, au printemps 1845, âgé à peine de 32 ans, Moïse Fortier, le jeune curé-fondateur de la paroisse Saint-Georges-de-Beauce, se noie à Beauceville. On le connaît par son court mandat de cinq ans. Ses périples de missionnaire dans les chantiers forestiers du Maine marquent l’imaginaire.

Une erreur sur la photo de ce jeune prêtre est-elle possible? Messire Fortier serait-il Messire Fafard? Une erreur possible de vol d’identité avant le terme? Deux curés, deux noms de famille commençant par F… l’un est nommé curé à Saint-Georges en 1840, année où Monsieur Fafard naît. Au pays des jarrets noirs, qui dit vrai?

« Enfin, en 1839, le daguerréotype naît en France. Moïse Fortier (1813-1845) a-t-il eu le temps et l’opportunité de se faire photographier »…ainsi se terminait une recherche, publiée dernièrement dans Beauce Magazine, sur le curé-fondateur de Saint-Georges-de-Beauce.

Moïse Fortier est le curé-fondateur de Saint-Georges-de-Beauce. Son mandat est court : du 9 octobre 1840 au 12 mai 1845, date où il se noie à Saint-François-de-Beauce. La photo du 1er curé de Saint-Georges-de-Beauce, Moïse Fortier, ne le représente peut-être pas. En effet, le procédé héliographique, inventé par Joseph-Nicéphore Niépce (1765-1833) débouche sur le daguerréotype, perfectionné par Louis Daguerre (1787-1851) en France en 1839. En Amérique, la photo date des débuts de la décennie 1850. Selon les Archives Nationales du Québec, Jules-Isaïe Livernois (1830-1865) fonde en 1854 son studio de photographie de la rue  Saint-Jean à Québec. L’historien lévisien Michel Lessard établit vers 1840 l’arrivée de la «photographie» à Québec.

Johann Georg Pfotzer (1752-1848)

Source:Les seigneurs et premiers censitaires, St-Georges-Beauce, et la famille Pozer, Philippe Angers, 1927, page 20

Cette sérieuse remise en question de l’authenticité de la photo du curé-fondateur de Saint-Georges m’a été révélée dernièrement par un collectionneur de photos anciennes de Saint-Georges. Professionnel, sérieux et expérimenté, il fait partie d’un club de collectionneurs de photos et cartes anciennes, entre autres. Il y a rencontré un autre membre du club, un spécialiste de Québec qui a amassé environ 1000 photos de membres du clergé : prêtres et curés du Québec. Manipulant souvent ces photos, cet avocat de Québec devient, avec le temps, un observateur expérimenté de physionomies.

Décédé le 17 mars 1848, Johann Georg Pfotzer (1752-1848) dit George Pozer est inhumé au lot 0019, section K,G-7, Mont Hermon Cemetery de Sillery, à Québec. La photo, le daguerréotype (?) du premier seigneur de Saint-Georges n’est-il pas qu’un croquis d’une peinture? Pourtant, le 17 mars 1808, le millionnaire Pozer a payé au shérif de Québec 550L ou «2200$ approximativement une terre de 9 667 hectares peu accessible et quasi inexploitée», selon Claude Kaufholtz-Couture.

Les archives du diocèse de Québec

Le 9 février 2015, Pierre Lafontaine, l’archiviste de l’Archidiocèse de Québec me confirme qu’il n’a pas de photo montrant le premier curé de Saint-Georges-de-Beauce, Moïse Fortier. Je lui fais remarquer que cela est spécial de ne pas avoir accès à une illustration, une peinture ou une photo du premier curé d’une paroisse. Après recherche, M. Lafontaine me donne trois exemples de photos prises avant 1850 : 1840, Halsey and Sadd, daguerréotypistes amérícains ambulants de passage à Québec (installés au restaurant M. Groce, rue Saint-Joseph, encoignure rue Saint-Flavien), 1844, Macaire, Louis-Gyrus (Cyrus, Louis-Macaire), de passage à Québec, 1845 (vers)  Sabins, itinérant (aucun autre renseignement).

Un tableau de Johann Georg Pfotzer réalisé par Hugues Nolet-Voyer après consultation de la famille Pozer. Le tableau fait partie de la collection de la Société historique Sartigan.

Un tableau de Johann Georg Pfotzer réalisé par Hugues Nolet-Voyer après consultation de la famille Pozer. Le tableau fait partie de la collection de la Société historique Sartigan.

De 1840 à 1850, une photo dite daguerréotype est dispendieuse. Selon le collectionneur de Québec de photos anciennes, il en coûtait alors environ un mois de salaire d’un ouvrier. Le curé Fortier aurait-il eu un mécène qui aurait payé sa «photo» ? Ce pourrait-il que Johann Georg Pfotzer (1752-1848) aie offert au curé Moïse Fortier de se faire photographier? En 1830, George Pozer, le véritable fondateur de Saint-Georges, a cédé gratuitement les terrains de la Fabrique de Saint-Georges-de-Beauce.

La photo du curé Fortier est-elle plutôt celle du curé Fafard?

Ce collectionneur de Québec assure que le daguerréotype de Moïse Fortier serait plutôt celui de Ambroise-Martial Fafard (1840-1899), né le 24 novembre 1840 à l’Islet. Fils de Joseph Fafard et d’Angélique Fortin, il est ordonné le 26 février 1865. Ambroise-Martial Fafard oeuvrera à Saint-Roch de Québec, à Saint-Athanase d’Inverness, à Saint-Urbain de Charlevoix, à Chicoutimi et à Baie-Saint-Paul. Il est reconnu comme le fondateur des Petites Franciscaines de Marie. Le curé Fafard décède à Baie-Saint-Paul le 12 août 1899.

Des photos

Tirées du Fonds J.E. Livernois Ltée, de l’Album des prêtres (vers 1900), des Archives Nationales du Québec, les photos du curé Fafard ressemblent étrangement à celle du curé Moïse Fortier…S’il y a erreur sur la photo du curé Moïse Fortier, qui en est responsable et depuis quand? Comme les photos du curé Fafard (des Archives Nationales du Québec) portent la restriction de consultation seulement, retraçons-les ici:

Photo en haut, au milieu datant d’avant 1880. Donc moins de 40 ans. http://bit.ly/1DU0BUD

Photos au milieu et en bas, à gauche, datant d’avant 1880  http://bit.ly/1KzNa5r

Photos vers 1890    http://bit.ly/1EVltz2  http://bit.ly/18p2Zdn

En 1969, le journaliste Roger Bolduc (1921-1985) publie Saint-Georges d’hier et d’aujourd’hui, 174 pages. À la page 34, on peut voir une photo, noir et blanc, un peu floue de l’Abbé Moïse Fortier 1840-45. Aucune source de ladite photo n’est précisée. Vigilant, M. Bolduc a été le premier à publier cette photo énigmatique…où l’a-t-il prise? De plus, il publie le croquis du site de la 1re chapelle de 1831, avec le presbytère de 1838 et l’ancien cimetière de Saint-Georges. Ce dessin serait de la main du Fr. de la Charité Adjuteur (1886-1961).

Cette mosaïque souvenir des Curés et Prêtres de St-Georges, qui devait être autour de 2 pieds par trois pieds, a été retrouvée dans le fonds Marguerite Labbé sous forme de carte postale. On y aperçoit une photo dite de Moïse Fortier en haut à gauche, le croquis de la première chapelle, les 2 églises et des prêtres originaires de la paroisse, dont un certain Lucien Joffre Grondin, à peine visible, à gauche du mot curé. Mais où est donc l’original de cette mosaïque ? N’ayez crainte, nous sommes sur la piste. Merci à la Société Historique Sartigan pour la photo.

Cette mosaïque souvenir des Curés et Prêtres de St-Georges, qui devait être autour de 2 pieds par trois pieds, a été retrouvée dans le fonds Marguerite Labbé de la Société historique Sartigan, sous forme de carte postale. On y aperçoit une photo dite de Moïse Fortier en haut à gauche, le croquis de la première chapelle, les 2 églises et des prêtres originaires de la paroisse, dont un certain Lucien-Joffre Grondin (1917-1942), à peine visible, à gauche du mot curé. Mais où est donc l’original de cette mosaïque ? N’ayez crainte, nous sommes sur la piste. Merci à la Société Historique Sartigan pour la photo.

Certaines photos anciennes n’ont pas toujours de notes explicatives sur l’identité des personnes. Plus tard, ces daguerréotypes ou autres sont mélangés ou difficilement identifiables.

L’incendie du presbytère de Saint-Georges de 1838

L’énigme grandit, quand on sait que le premier presbytère georgien passe au feu. Vers la fin de la décennie 1850, les chicanes des paroissiens des rives Est et Ouest de Saint-Georges sont au plus fort. D’ailleurs, curé de 1857 à 1859, Charles-Godefroy Gaulin (1827-1901) précipite son départ de Saint-Georges. Pendant ce temps, la construction de l’église actuelle de Beauceville bat son plein. Comparant les signatures des premiers curés, déposées aux archives paroissiales de Saint-Georges et les deuxièmes copies envoyées aux Archives du Palais de Justice de Saint-Joseph-de-Beauce, des questionnements surgissent. Les manuscrits des origines ne sont pas identiques….car la veille de l’installation du curé Ferdinand Catellier (-1880), nommé curé le 4 octobre 1859, la maison presbytérale passe au feu. On procédait au remplacement de l’ancien presbytère de 1838.D’ailleurs, le feuillet 2  du 1er registre de la voûte du presbytère actuel authentifie qu’un feu a détruit les premiers registres (et des traces du passage de Moïse Fortier?)

Faut-il rappeler qu’à Saint-François-de-Beauce (Beauceville), au niveau scolaire, la loi des écoles de 1846, remplaçant les cotisations volontaires par des taxes foncières, amène la guerre des éteignoirs ou la menace d’incendies de certaines écoles. Un siècle plus tard, le Collège de Saint-Georges disparaît lors d’un incendie suspect, allumé, selon la rumeur, par la main noire

Comment cette photo du curé Ambroise-Martial Fafard aurait-elle cheminé jusqu’à nous?

Pourquoi détruire des photos?

Enfin, n’est-il pas normal de douter et de remettre en question les jalons de notre histoire? Des Beaucerons de jadis avançaient qu’il ne faut pas prendre tout pour du cash! Paraît-il que les Amérindiens ne voulaient pas se faire photographier. Ils craignaient de se faire voler leurs âmes!

Lors d’un décès ou en faisant maison nette après le départ de personnes âgées, pourquoi ne pas confier, entre autres, nos photos à la Société Historique Sartigan, à la Société du patrimoine des Beaucerons ou à une Société historique locale?

D’autres recherches ont été faites sur le cas de la photo contestée du curé Moïse Fortier…à suivre bientôt sur le site de Beauce Magazine. Quoi qu’il en soit, la question de la photo du curé Moïse Fortier ne change rien aux écrits officiels sur le mandat de Moïse Fortier.

Leonard Cohen disait : « Il y a une faille en toute chose, c’est ainsi qu’entre la lumière. » Peut-on appliquer cette avancée à la photo de Moïse Fortier?

Des faux qui sont passés à l’histoire

On peut mentionner deux portraits célèbres de Théophile Hamel- sans pour autant le blâmer – qui ne sont pas les visages réels des personnages qu’ils sont supposés représenter.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Samuel_de_Champlain#mediaviewer/File:Samuel-de-champlain-s.jpg

Portrait factice de Samuel de Champlain (1574-1635) par Théophile Hamel en 1870, d'après une gravure de Balthazar Moncornet représentant Michel Particelli d'Émery (1596-1650), contrôleur des finances de France.

Portrait factice de Samuel de Champlain (1574-1635) par Théophile Hamel en 1870, d’après une gravure de Balthazar Moncornet représentant Michel Particelli d’Émery (1596-1650), contrôleur des finances de France.

Car Théophile Hamel a récidivé dans la fausse illustration. C’est au tour de Jacques Cartier maintenant!!

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Cartier

Faux portrait de Jacques Cartier par Théophile Hamel, en 1844, d'après un portrait aujourd'hui disparu, produit en 1839 par François Riss (1804-1886).

Faux portrait de Jacques Cartier par Théophile Hamel, en 1844, d’après un portrait aujourd’hui disparu, produit en 1839 par François Riss (1804-1886).

Source de la photo du curé Ambroise-Martial Fafard: http://sss.nosorigines.qc.ca/Genealogie_Canada_Children.aspx?genealogy=Ambroise-Martial&pid=1178692&lng=en

Merci à Joffre Grondin pour ses  recherches à la Société historique Sartigan et autres  trouvailles à venir.

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