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L’HISTOIRE EN MOUVEMENT

La maison Sévigny se repositionne une 6e fois en… 106 ans

Par: Joffre Grondin

Le début d’une tradition. Vue du nord au sud, vers 1907, la première boutique du tailleur Alfred Sévigny, 19 ans, en location dans la résidence de l'ancien marchand Lemelin où est aujourd'hui sise la Banque de Montréal.

Le début d’une tradition. Vue du nord au sud, vers 1907, la première boutique du tailleur Alfred Sévigny, 19 ans, en location dans la résidence de l’ancien marchand Lemelin où est aujourd’hui sise la Banque de Montréal. Photo prise vers le début de l’hiver.

Le déménagement d’un commerce est généralement assez anodin, mais lorsqu’il s’agit du repositionnement de Vêtements Sévigny, c’est différent. C’est un peu comme de l’histoire en mouvement. La mercerie pour homme est bien établie à Saint-Georges. En fait, de mémoire d’homme, elle a toujours été là… mais à différents endroits avec les générations. 

On parle de trois générations. Ce sera le 6e repositionnement de la maison Sévigny, un retour sur la 2e Avenue, et comme le révèle le propriétaire actuel, Martin, « ce sont souvent les circonstances qui ont favorisé ces repositionnements successifs ».

Martin à Candide à Alfred sera donc dans ses nouveaux locaux en septembre pour continuer à tisser la trame de ces artisans de notre histoire qui sont entrés dans leur second siècle.

Quand on sait que les deux premières années sont les plus difficiles dans un commerce, parler de 106 ans de continuité familiale est extrêmement rare. Trois vies d’hommes successives, trois carrières, un point de vue commun : se couvrir est nécessaire bien sûr, mais bien s’habiller, c’est se distinguer. Pensez au raffinement que peut apporter plus d’un siècle d’expérience.

Et puisqu’il s’agit d’histoire, pourquoi ne pas la raconter !

À cette époque pré-barrage Sartigan, la fonte printanière des glaces était un rappel au Tailleur que la rivière demeurait toujours une menace dans l'opération de son métier.... Vers 1910

À cette époque pré-barrage Sartigan, la fonte printanière des glaces était un rappel au Tailleur que la rivière demeurait toujours une menace dans l’opération de son métier…. Vers 1910

Il était une fois…

Le premier Sévigny, une vieille famille française, arrive au Québec vers 1695 et s’établit à Neuville à une trentaine de kilomètres de Québec.

Le Sévigny qui nous intéresse, Alfred, naît en 1887. Après son apprentissage chez des tailleurs anglais de Québec, Alfred, 17 ans, est recruté, en1905, par Charles Grondin, marchand général à Saint-Georges, chez qui il travaillera pendant deux années comme commis-tailleur.

Deux ans plus tard, en 1907, Alfred établit son commerce dans ce qui est maintenant la Banque de Montréal, sur la 1re avenue, en face de la 120e rue. Jeune homme précoce, à seulement 19 ans il est maintenant tailleur, et à son compte. Il va même se perfectionner à New York l’année suivante. Pas évident avec les transports de 1908.

Construit sur la 2e Avenue en 1920, près de l’hôtel Hermandi, le feu détruira la boutique 45 ans plus tard. Après la fin de la guerre 14-18, la 2e avenue devient le chemin de contournement lors de débâcles et accueille de plus en plus certains marchands qui recherchent la quiétude...

Construit sur la 2e Avenue en 1920, près de l’hôtel Hermandi, le feu détruira la boutique 45 ans plus tard. Après la fin de la guerre 14-18, la 2e avenue devient le chemin de contournement lors de débâcles et accueille de plus en plus certains marchands qui recherchent la quiétude…

Circonstances repositionnantes

En 1909, la Banque des Cantons de l’Est achète la maison où loge le commerce du jeune Sévigny, qui achète la maison d’à côté et y place son enseigne. Tout va bien jusqu’en 1915, mais le 21 novembre, à 3 h 15 du matin, une horrible conflagration poussée par le vent détruit une grande partie de la 1re avenue. Heureusement, le vent tourne avant que le village y passe.

Un poêle à bois, ça ne flotte pas !

C’est le 2e repositionnement, mais on reste sur la 1re avenue. Souvenons-nous que le barrage n’a été coulé qu’en 1968 et que les débâcles du temps frappaient sans pitié.

Après plusieurs débâcles dont celle, terrible, de 1917, ce sera en 1920 qu’Alfred en a assez. « C’est la dernière fois qu’il y a de l’eau sur le poêle à bois », déclare-t-il.

Vue du feu de la 118e Rue, au niveau de la 2e Avenue. L’incendie de l'hôtel Hermandi et des bâtiments environnant le 15 juillet 1965 à 12 h 30 a forcé un retour sur la 1 avenue, où un local était disponible en face du pont de fer.

Vue du feu de la 118e Rue, au niveau de la 2e Avenue. L’incendie de l’hôtel Hermandi et des bâtiments environnant le 15 juillet 1965 à 12 h 30 a forcé un retour sur la 1 avenue, où un local était disponible en face du pont de fer.

Pour cette 3e fois, il prend position sur la 2e Avenue et y construit son nouveau magasin, en scandalisant de ce fait la majorité des marchands du temps qui n’en revenaient pas d’une telle innovation. Pensez donc, un marchand qui quitte la 1re Avenue, le centre de la «vitalisation» (revitalisation n’avait pas encore été inventé) de Saint-Georges. Il n’était pas seul à être avant-gardiste cependant, l’hôtel National s’élève tout près, la même année. En 1936, il agrandit du côté nord, soit vers l’hôtel Hermandi.

 L’incendie regardé de la 1re avenue. Qui est donc l’homme au premier plan ? Probablement dans la vingtaine à l’époque, il devrait avoir autour de 70 ans en 2013.

L’incendie regardé de la 1re avenue. Qui est donc l’homme au premier plan ? Probablement dans la vingtaine à l’époque, il devrait avoir autour de 70 ans en 2013.

Deuxième génération

Alfred Sévigny s’éteint en 1950. C’est son fils Candide qui prend le relais. C’est lui qui va complètement rénover et convertir l’atelier de tailleur en une mercerie pour homme, une formule qui perdure encore aujourd’hui.

Encore une circonstance repositionnante

Le 15 juillet 1965, l’heure du diner est assez perturbée pour l’entourage de l’hôtel Hermandi. Un incendie d’une rare violence se déclare et finit par se propager à la mercerie voisine, et au populaire Café de Paris. Pertes totales. Monsieur Normand Lessard y a d’ailleurs consacré l’une de ses capsules, ici :  http://beauce.tv/regarder.php?vId=2973  Le restaurant Roberto s’en tire indemne, de même que le commerce de scie à chaîne Marc Giguère, le garage Wilfrid Morin et le commerce en gros de Michel Thabet en face.

 

La vitrine du magasin en 2004

La vitrine du magasin en 2004

Il parait que tout ce qui monte redescend. Hé bien, c’est ce qui est arrivé. Ni inondation, ni feu n’abattent un Sévigny, ni son épouse d’ailleurs. Le feu n’était pas encore éteint que Madame Candide Sévigny, comme on disait dans le temps, Aline Gendron réservait un local sur la 1re Avenue, en face du pont de fer.

La troisième génération

Monsieur Martin prend le relais en 1980 au même endroit. En 1982, c’est un 5e repositionnement sur le site actuel au 10427, 1re Avenue. Pas de feu, pas d’inondation. C’est un autre genre de catastrophe. Vous vous rappelez peut-être de 1982, Martin s’en souvient très bien. « Alors que pour l’année 1982  les taux d’intérêts avoisinaient les 20%, le local de Bo-Luminaire devint subitement disponible dû à sa fermeture. Et ça coïncidait avec la fin de bail du local au centre ville en face du pont de fer ». Le nouveau propriétaire n’a pas hésité. Le nouveau local avait un stationnement en façade en plus, était sur sur la route des clients transitant entre le pont et le nouveau centre d’achat.

 

Ce n’est pas un client, mais une surprise. Pendant l’entrevue pour cet article, Cédric Rougeau, colosse de 6 pieds 6 pouces, 300 livres, fils du célèbre Jacques Rougeau entre soudain dans la mercerie pour la promotion du spectacle familial prévu à Saint-Georges fin décembre. L’amateur de lutte en Martin resurgit de son enfance « Mon père Candide nous amenait à la plage Vallée tous les dimanches » s’enthousiasme-t-il. On le verra sûrement au Centre Lacroix-Dutil le 28 décembre prochain.

Ce n’est pas un client, mais une surprise. Pendant l’entrevue pour cet article, Cédric Rougeau, colosse de 6 pieds 6 pouces, 300 livres, fils du célèbre Jacques Rougeau entre soudain dans la mercerie pour la promotion du spectacle familial prévu à Saint-Georges fin décembre. L’amateur de lutte en Martin resurgit de son enfance « Mon père Candide nous amenait à la plage Vallée tous les dimanches » s’enthousiasme-t-il. On le verra sûrement au Centre Lacroix-Dutil le 28 décembre prochain.

En 2007, année qui marque le premier siècle d’opération de la famille Sévigny, le Gala de l’entreprise beauceronne décerne à Martin Sévigny le Jarret Mention honorifique. Vous pouvez voir un vidéo rappelant l’événement sur le site, dans la section historique ici : http://www.vetementssevigny.com/00-historique.html

Après plus de 30 ans sans feu ni inondation à déplorer, le propriétaire est saisi d’une irrésistible envie de bouger, de se renouveler. C’est le temps de remonter.

« Tous les chemins mènent à votre habilleur » assure Martin Sévigny avec le sourire.

« Tous les chemins mènent à votre habilleur » assure Martin Sévigny avec le sourire.

Comme vous pouvez voir, la mode bouge et évolue constamment, et Vêtements Sévigny pareillement. En septembre 2013, on remonte sur la 2e Avenue.

 

SHSartigan
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Raymond Vachon

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