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Nos élus

Par: Joffre Grondin

Il y a au moins deux façons de considérer les élus. Élus démocratiquement bien sûr, à la majorité de ceux qui ont voté, quel que soit le pourcentage. Il y a déjà un problème là.   La personne élue avec peu de participation a le même statut que celle élue par une majorité écrasante et une participation très élevée. Se retrouver avec presque une personne sur deux qui ne prend pas 15 minutes au quatre ans pour aller voter est plus qu’inquiétant.

« Nous avons été élus démocratiquement »
La première façon de considérer les élus est de prendre la position que s’ils sont élus, c’est à eux de décider. Si le peuple n’est pas content, on verra à la prochaine élection. Les élus considèrent qu’ils sont élus et ont le droit et le devoir de décider seuls.

Tout est dans la façon de présenter ce qu’est la démocratie.

Dans cette optique, le gouvernement est un peu comme le roi. Il décide en souverain. Plus le chef du gouvernement a de pouvoir, plus l’analogie est juste. Dans ce modèle, le peuple n’est pas vraiment pris en compte, ce sont les élus qui comptent. Ils ont le droit de décider.

Entre temps, le peuple n’a rien à dire ou s’il le dit n’est pas vraiment considéré. Très simple d’application. Beaucoup d’élus, à tous les niveaux, adorent cette façon de voir. On décide ce qu’on veut et quand le moment des élections arrive, la machine électorale sera là pour nous aider.

C’est très facile pour un élu de se réfugier dans la position de l’élu qui décide, car il est élu pour ça, et « ne vous en mêlez pas, si vous êtes pour me contester tout le temps, prenez ma place… aux prochaines élections ». Entretemps, on peut se réfugier derrière n’importe quelle raison ou excuse, vraie, partiellement vraie ou complètement fausse.

Pour justifier n’importe quoi, il s’agit de marteler exactement ça, n’importe quoi. « Nous travaillons pour tous les Québécois » ; « la population nous a demandé de… » ; « Le maire n’a rien à se reprocher ». Ce qui est dit n’a aucune importance, ce n’est que pour démontrer où le pouvoir s’exerce. « Mentez, mentez… »

Collectionnez tous les mensonges évidents ou probables que vous lisez ou entendez dans une seule semaine — si ça vous tente, vous pouvez reclasser ça dans « affirmations douteuses » — selon votre simple gros bon sens. C’est à en perdre le Nord. D’ailleurs, c’est déjà fait. Nos diamants s’en vont ailleurs.

Voter à votre goût. Impossible.
C’est un peu comme si on disait, vous avez le droit de vote, mais c’est tout. Et en plus, vous ne pouvez voter que pour ceux qui sont sur le bulletin de vote. Aucune autre alternative. Rien ne vous permet d’affirmer que parmi les candidats, aucun ne vous convient. Aucun parti ne veut donner la possibilité de placer clairement votre opinion dans ce petit cercle de terreur politicienne, qui n’a jamais été : « aucun ne me convient ».

On vous affirmera avec sérieux que de toute façon, les gens ne viendraient pas voter. Rien de tel que d’être classé comme « vote rejeté », si vous avez annulé votre vote, pour se sentir bien. Mieux vaut rester chez soi, affirmera beaucoup de monde.

Élus tout aussi démocratiquement, mais…
La deuxième façon de voir place les élus comme les représentants de la volonté populaire, mandatés pour balancer leur pouvoir de décision en tenant compte de l’avis de ceux qui leur ont confié, à un certain niveau, la gestion de la municipalité, du comté, de la province, etc., pour le plus grand bien du peuple.

Cette autre façon de voir considère que les élus doivent tenir compte de l’avis de ceux qui les ont élus en tout temps. La démocratie participative en continue et non pas 15 minutes tous les quatre ans. Compliqué dans les faits. L’unanimité est rare, les opinions contradictoires, et la participation fluctuante et seulement quand quelque chose passionne l’opinion.

L’élu ou la rue
Mentionner cette expression à la rime accrocheuse est très révélatrice. La rue est abaissée au maximum, comme si l’opinion du peuple ne valait rien. Si elle ne vaut rien, il est étrange que lorsque cette même rue a délégué des individus, ces mêmes individus se soient placés au-dessus de ce même peuple qui les a nommés, et dont les opinions ont perdu toute valeur après l’élection.

De tout temps, les gens de pouvoir, élus ou non, ont imposé par tous les moyens l’idée qu’il était « normal » que les gens en place décident et que le peuple devait se plier à leur décision. Sans un mot.

De tout temps aussi, le peuple a adopté une position très ferme, qui exige que le peuple soit entendu, et ce par un moyen presque rigolo : le charivari. Pas content ! Faites du bruit. Tapez sur quelque chose, une casserole. Ça ne fait pas de mal et le message est clair. On n’est pas content. Et c’est ce qui se passe depuis le Moyen-âge.

Croyez-le ou non, le concile de Trente, au 16e siècle voulait interdire les manifestations contre l’autorité, casseroles et tout, par l’excommunication. Les Monseigneur de Laval et de Saint-Vallier hurleront vainement en chaire leurs menaces, inutilement. Les patriotes de 1837-38 utiliseront les charivaris pour rire de l’adversaire.

Le mouvement populaire des derniers mois, qui voit des gens de toutes classes sociales, assorti d’une très large palette d’âge taper sur des casseroles dans un événement festif vient de loin. Le mouvement étudiant n’a été que la goutte qui fait déborder le vase.

Il est tentant de se concentrer sur cette petite goutte et oublier que si le vase déborde, c’est qu’il y a des milliers de petites gouttes, des événements, des décisions, des lois, des règlements, des subventions, accumulées jour après jour, année après année, gouvernement après gouvernement, qui ont créé une vague de fond.

Il y a des époques dans l’histoire de l’humanité qui ont vu des changements importants, des directions nouvelles.

On écrira, dans un temps qui viendra, ce qui s’est passé dans ce Québec qui se cherchait, casserole à la main et sourire en bouche, alors que sur une planète ensanglantée où la guerre, la torture, la faim, la famine et des infamies indescriptibles se commettaient sur des hommes, des femmes et des enfants, un petit peuple, insignifiant en nombre, qui n’était même pas sûr d’être, pavait inconsciemment la voie pour ce qu’un de ces visionnaires qu’on ne prend jamais au sérieux de leur vivant avait chanté… quand les hommes vivront d’amour.

Raymond Vachon
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