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RETOUR SUR LE PASSÉ DE NOTRE PRÉSENT

Comment est née la Beauce

Par: Joffre Grondin

On a beau dire que l'habit ne fait pas le moine, mais des deux Fabien Giguère, le vrai président des Fêtes du 275e anniversaire de Saint-Joseph et de la Beauce est à droite. Oui, oui, c'est la même personne à six mois d'intervalle. C'est l'habit...

Avec les Fêtes du 275e de la fondation de Saint-Joseph, il convient de jeter un coup d’oeil en arrière pour comprendre que ce que nous sommes n’est pas le fruit du hasard, mais dépend du fait que depuis le début, l’impulsion a été donnée par des hommes de valeur et de vision qui ne reculaient pas devant l’effort.

C’est sûr que se faire donner un territoire de quinze kilomètres par 10 dix kilomètres, ça encourage son homme.

LE SYSTÈME SEIGNEURIAL 

En 1627, le cardinal de Richelieu introduit le système seigneurial en Nouvelle-France. Il s’agit d’un système de distribution des terres. Les terres sont divisées en longues bandes sur les berges du Saint-Laurent et ensuite sur celles de ses tributaires, lorsque les terres se feront plus rares.

Le gouverneur, représentant du roi, et son intendant, l’administrateur, distribuent les terres à des seigneurs, qui doivent trouver des colons pour mettre les lots en valeur. C’est une obligation.

À la mort du seigneur, la seigneurie peut revenir au conjoint, être divisée entre les descendants ou encore être vendue. Il est intéressant de noter qu’en 1663, la moitié des seigneuries avait une femme comme propriétaire.

Presque un siècle après la Conquête, le système seigneurial continuait d’exister. Il fut aboli en 1854 seulement, après 227 années d’existence.

SIMPLES PASSAGES

Entre 1646 et 1651, le père Druillettes, jésuite, passe trois fois en Beauce pour se rendre en Nouvelle-Angleterre. Vie passionnante et pleine d’intérêt soit, mais pour la Beauce, simples passages qui n’amèneront aucun colon.

NAISSANCE DE LA BEAUCE

Presque un siècle plus tard, Charles, marquis de Beauharnois, gouverneur de la Nouvelle-France et Gilles Hocquart, quatorzième intendant en titre sont animés d’une volonté de peuplement de la colonie vers l’intérieur des terres. Le 23 septembre 1736, ils accordent trois seigneuries le long de la Chaudière. Chacune a trois lieues de front sur deux lieues de profondeur (15 km par 10 km) des deux côtés de la Chaudière. C’est un départ. Qui sont les propriétaires ?

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Louis Jolliet, découvreur du Mississippi à vingt-neuf ans, « homme qui connut, de son vivant une réputation internationale », a une fille, Claire. Celle-ci épouse Joseph de La Gorgendière en 1702. Le gendre de Louis Jolliet et son épouse ont plusieurs enfants, dont Marie-Claire qui épouse Thomas-Jacques Taschereau et Louise-Thérèse qui s’unit à François-Pierre de Rigaud de Vaudreuil.

Les armoiries de Saint-Joseph

On peut affirmer que le 23 septembre 1736 est une excellente journée pour cette famille. En effet, ce jour-là les deux gendres et leur beau-père reçoivent chacun une seigneurie.

Taschereau reçoit Sainte-Marie, de Vaudreuil reçoit Saint-Joseph, et de la Gorgendière Saint-François (Rigaud-Vaudreuil). Dès 1737, ils s’échangent leurs seigneuries, tout en ne l’officialisant qu’en 1747. Ç’est la famille.

LE LENDEMAIN

Dès le lendemain, soit le 24 septembre 1736, le gouverneur et l’intendant accordent deux autres seigneuries, de deux lieues par deux lieues. Une de chaque côté de la Chaudière, aboutant à celle de la Gorgendière. Marie-Thérèse de la Lande Aubert Gayon reçoit Aubert Gallion, côté sud-ouest et du même jet de plume, le côté nord-est est donné à Nicholas Gabriel Aubin de Lisle.

Il faudra attendre le 30 avril 1737 pour la ratification officielle du roi. Deux semaines plus tôt, François-Étienne Cugnet recevait la seigneurie Saint-Étienne.

Le territoire de la Nouvelle-Beauce est créé.

PETITE PAUSE POUR UN AUTRE TEMPS

Reprenons un instant le rythme du dix-huitième siècle. Plume et bouteille d’encre. Buvard. Bateau à voiles. Courrier à cheval. La terre tourne à la même vitesse, mais… le 23 septembre 1736, les seigneuries sont accordées au Québec. Faisons voile de Québec à la France pour assister à la ratification par Louis XV le 30 avril 1737. Sept mois ont passé. Toutes voiles dehors, nous revenons à Québec et c’est l’insinuation, c’est-à-dire l’inscription sur le registre, par le Conseil supérieur de Québec de la ratification par le roi des concessions des seigneuries, le 23 septembre 1737. Temps total de l’opération : un an jour pour jour. Chi va piano va sano qu’y disaient.

C’EST UN DÉPART

Pendant ce temps, les choses ne traînent pas au Québec. Le Seigneur de la Gorgendière n’a pas les doigts dans le nez. Dans La Beauce et les Beaucerons, on apprend (p319) que de Vaudreuil fait un échange avec de la Gorgendière selon lequel celui-ci « prend possession des deux tiers de la seigneurie de Saint-Joseph en 1737 ».

Ce livre, une "brique" a été commandé en 1987 pour le 250e anniversaire de la Beauce. Déjà 25 ans... et toujours d'actualité

Pourquoi donc faire cela ? C’est Honorius Provost qui clarifie. « À la vue du potentiel agricole de Saint-Joseph, il en profite pour s’attribuer les plus belles terres de la Beauce ». Un bon entrepreneur sait reconnaître l’opportunité lorsqu’elle se présente. Les basses terres, en effet, y forment une plaine d’où les agriculteurs riverains tireront plus tard leur relative richesse.

L’entrepreneuriat beauceron ne date donc pas d’hier. De la Gorgendière s’occupe activement des infrastructures nécessaires à la colonisation de son domaine. En cette année 1737, il fonde une paroisse : Saint-Joseph. Les « premières concessions furent faites à Saint-Joseph le 17 décembre 1737 » en sa présence, comme nous l’affirme Gérard Poulin dans 250 ans d’histoire et d’avenir, le livre de Saint-Joseph-de-Beauce 1737-1987.

Les choses n’ont pas traîné. André Garant dans Madeleine Ferron, l’insoumise, est on ne peut plus clair à la page 420. « Le 11 décembre 1737, l’arpenteur royal Noël Beaupré (1684-1755) pose les bornes seigneuriales pour délimiter Saint-Joseph de Saint-François de Beauce ».

Arpenter l’hiver est le meilleur temps. Pas de mouches, et on peut se déplacer sur la glace, ce qui facilite grandement la tâche. Parole de Bonhomme. En effet, son nom était Noël Beaupré, dit Bonhomme.

On sait que dès 1737, le seigneur fait construire un moulin à scie. Il semble déjà y avoir construit un manoir et obtenu de Mgr. Dosquet un missionnaire. On pourrait presque penser qu’il avait un peu « pris de l’avance » pendant le voyage en France et on aurait raison.

En effet, le gouverneur et l’intendant signalent le zèle de Fleury de la Gorgendière et de ses gendres en octobre 1737, mentionnant entre autres qu’ils « font actuellement bâtir un moulin à scie pour… faire les autres bâtiments ».

ET LES AUTRES !

Pendant ce temps et un certain temps, les autres ne dormaient pas sur la switch parce qu’elle n’avait pas encore été inventée, mais étaient peut-être endormis dans le bogey d’Aubert Gallion et d’Aubin de Lisle. Ils avaient saisi les opportunités… de faire de l’argent,  mais sans vision, comme il arrive malheureusement trop souvent. Mais avec le temps, heureusement, tout s’est arrangé.

AUBERT GALLION

Aubert Gallion – Saint-Georges Ouest –  sera léguée de seigneuresse en seigneuresse jusqu’à la fin du régime français. En 1768, ce sera William Grant, receveur général, qui deviendra seigneur d’Aubert Gallion sans y demeurer. En 1802, il n’y aura que 22 censitaires. Haldimand, gouverneur général du Canada, le destituera et vendra la seigneurie en 1807 à Jean-Georges Pfotzer, qui deviendra « le véritable fondateur de la paroisse de Saint-Georges » comme nous le souligne Robert Vézina.

AUBIN DE LISLE

Nicholas Gabriel Aubin de Lisle, greffier de la Maréchaussée, devient le premier seigneur de la rive Est. Se rappelant que l’établissement de censitaires était le but premier pour lequel on confiait une seigneurie, Robert Vézina dans son Histoire de Saint-Georges de Beauce ne mâche pas ses mots : Aubin de Lisle « ne s’occupa que de la traite avec les sauvages. Le reste lui importa peu. Il venait visiter ses postes de commerce assez souvent ». À sa mort en 1747, ses cinq filles et son fils deviennent copropriétaires seigneurs. Mais en 1752, toujours aucun censitaire.

FÊTONS

On peut quand même affirmer que cette année est le 275e anniversaire de la Beauce. Tous les Beaucerons peuvent festoyer… à moins que vous aimiez les chiffres ronds au point d’attendre encore 25 ans.


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