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CONFLAGRATION À SAINT-GEORGES

La première avenue rasée par les flammes

Par: Joffre Grondin

Une partie de ce qui restait après l'incendie. Photo : Société historique Sartigan

Il y a 96 ans cette semaine que dans la nuit du samedi au dimanche, vers trois heures trente du matin, le 21 novembre 1915 les flammes ont pris naissance dans l’édifice en bois d’un certain Rodrigue sur la première avenue à Saint-Georges. On ignore la cause de l’incendie qui a provoqué cette effroyable conflagration, mais deux heures plus tard, plus de cinquante maisons étaient une perte totale, ou en voie de le devenir.

Les premiers à y passer

Arthur Rodrigue logeait des familles syriennes et le photographe Arthur Poulin dans son immeuble. Ce furent les premières victimes. Suivirent les proches voisins;  Édouard Lacroix, qui n’occupait ses nouveaux bureaux que depuis décembre 1914, le magasin général de Charles Grondin, Alfred Sévigny, tailleur à son compte depuis déjà 8 ans.

En deux courtes heures, le feu couvre cinq acres.

Propagé par le vent, le feu saute d’une maison à l’autre. Les pompiers ne disposant que d’une seule pompe à bras n’ont aucune chance. Le jour se lève tristement sur le village alors que non seulement la première avenue brûle, mais des rues transversales et des bâtiments sur la deuxième avenue sont la proie de l’élément destructeur.

André Garant, historien local nous écrit sur une dame qui pourrait bien être la pionnière des entrepreneures de Saint-Georges: « Ma grand-mère Marie Grondin, mariée à William Garant, était propriétaire d’une boutique de modiste (chapeaux) sur la 1re avenue, vers l’ancienne Bijouterie Éphrem Poulin. Son commerce brûla en 1915 et elle se relocalisa chez elle comme travailleuse de la fourrure (21e devenue 121e rue) ».

Au secours !

Que faire ? Heureusement, la voie ferrée se rend à Saint-Georges depuis 1907. Les autorités municipales, le maire de l’époque est Philippe Thibaudeau, ont l’idée de faire appel aux pompiers de Lévis.

Quelques bâtiments ont survécu. Il ne reste que des ruines à peine visibles des 50 envolées en fumée en une nuit. Photo : Société historique Sartigan

Dès sept heures du matin, hommes et équipement sont en route. Pendant ce temps, le vent, par un caprice très bienvenu, change de direction et revenant ainsi sur les ruines. Le sud du village sera sauvé.

Les pompiers de Lévis arrivent à dix heures au soulagement général. Il est cependant trop tard. Le feu a fait son oeuvre. Il faudra arroser les ruines et les braises pendant trois jours pour s’assurer que l’élément destructeur est complètement maîtrisé.

Les grands brûlés

On note, parmi la cinquantaine de propriétaires de commerces partis en fumée, Joseph Gagné, premier maire de Saint-Georges Est (1907-1911), Robert Dick, Joseph « Jos » Gagnon, dit le Boss, Octave Papillon, l’Hôtel Murtha, Albert Rhéaume, Gédéon Gagné, Ernest Vander-Heyden, C. Rahal, Joseph Assal, Nicholas Tawel et Alfred Sévigny.

Un peu avant le feu.Tout en bois bien sec. Imaginez comme la propagation a été rapide. Photo : Société historique Sartigan

On pouvait bien dire que la Beauce se considérait comme un pays, Saint-Georges était déjà multiethnique, début vingtième siècle.

Le curé Dionne demanda à ses ouailles d’être courageux et résigné. Ils suivirent son conseil. Ils se résignèrent à recommencer et furent assez courageux pour reconstruire. La première avenue renaquit de ses cendres.

Un peu plus tard au même endroit

Après le feu, c’est l’eau. Les résidants n’en étaient pas pour autant au bout de leurs peines. À peine avait-on rebâti, que deux ans plus tard, le 31 juillet 1917, vers une heure de l’après-midi se déclare un violent orage. Dès les premiers éclairs, le courant est coupé. Douze heures de pluies torrentielles s’abattent sur la Beauce et la Chaudière se gonfle et se gonfle et se gonfle et se gonfle encore.

Deux ans plus tard, on venait de finir les travaux. La route est la deuxième avenue. Vite, un barrage. Il faudra attendre 50 ans. Photo : Société historique Sartigan

Inexorablement, le niveau de la rivière monte de trente pieds, jusqu’au niveau de la deuxième avenue. Dans le noir le plus total, une quarantaine de ponts sont emportés et on ne sait combien de maisons déplacées.

On tire des leçons ?

Notre historien nous rappelle que cinq ans plus tard, « de 1920 à 1965, une station de feu est localisée coin 2e avenue et rue Saint-Albert dite 121e rue actuelle. Ce fut le 1er poste d’incendie et le 1er Hôtel de ville georgien ».

À part quelques personnes plus… avisées que les autres, on reconstruit au même endroit. Quand on dit que l’histoire se répète, il faut forcément constater que l’humanité semble adorer ou trouver un malin plaisir à refaire les mêmes erreurs.

Einstein aurait dit que la folie consistait à refaire la même chose en s’attendant à des résultats différents.

Et maintenant

De tous les commerçants de cette époque, une recherche non exhaustive, révèle que très peu de descendants de ces marchands font encore affaire en ville. Un descendant de Gédéon Gagné occupe pratiquement le même endroit. Existe-t-il quelqu’un qui poursuit l’entreprise familiale qui date d’un siècle et plus ? Oui.

On retrouve Martin Sévigny, tailleur de la troisième génération après le fondateur Alfred et de son successeur Candid. Que trois générations se succèdent à la tête d’une entreprise est quelque chose de rare qui mérite d’être souligné. Nous y reviendrons.

Nous tenons à remercier la Société Historique Sartigan pour les photos d’époque, avec remerciements particuliers à Mme Anne Dutil pour sa précieuse collaboration.

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