Ajoutez ce site comme page de démarrage

Martin Lévesque a fait la guerre de Corée en 1950

Le 25 juin 1950, les troupes nord-coréennes franchissent le 38e parallèle, et envahissent la Corée du Sud. L’Organisation des Nations-Unies (ONU) somme alors  la Corée du Nord de retirer ses soldats, demande qui est refusée. Le 27 juin, l’ONU recommande aux États membres d’apporter leur soutien militaire à la Corée du Sud. Le 30 juin, les troupes du général Douglas MacArthur débarquent à Pusan. Le 16 juillet, un contingent des Nations-Unies regroupant les soldats sud-coréens, ainsi que ceux d’une quinzaine d’autres pays, dont le Canada, débarque dans ce pays d’Extrême-Orient, et ce contingent est placé sous le commandement du général MacArthur. Martin Lévesque, un résident de Saint-Georges, faisait partie de ces militaires.

Lorsque je me suis rendu chez lui, afin de réaliser ce reportage, j’ai été accueilli par sa conjointe Évelyne Larivière, car Martin avait en quelque sorte repris du service, comme il le fait régulièrement, alors qu’il se rend dans les centres d’achats, dans le cadre de la campagne du coquelicot. Ce vétéran de la Guerre de Corée, originaire de Pohénégamook, qui a eu 82 ans le 27 novembre dernier et qui s’était volontairement enrôlé à l’âge de 21 ans, n’a pas eu une vie facile. Il venait à peine d’avoir 9 ans lorsque son père est décédé, lui qui avait perdu sa mère alors qu’il n’était âgé que de deux ans. Une de ses soeurs aînées, qui travaillait dans un arsenal militaire, s’est occupée de lui avant de l’inscrire dans un collège, où il séjournera jusqu’à l’âge de 14 ans, après quoi il devra subvenir lui-même à ses besoins.

Étant doté d’un esprit aventurier, il parcourt le Canada en entier. À l’âge de 21 ans, peu de temps avant sa rencontre avec une jeune fille originaire de Saint-Zacharie, il décide de s’enrôler dans les Forces armées canadiennes. C’est à la base américaine de Fort Lewis, dans l’État de Washington, qu’il recevra son entraînement militaire, après quoi il signera un engagement de 18 mois dans les Forces spéciales du Royal 22e Régiment, une brigade de support dont la mission est de sauvegarder les positions conquises par les fantassins. Une fois son entraînement terminé, le soldat Lévesque, cadet de 4 frères dont trois ont servi au cours de la Deuxième Guerre, s’embarquera sur un paquebot qui le conduira du Japon jusqu’à la ville coréenne de Pusan, où vivaient un million de personnes. Lui et son régiment composé de 900 hommes marcheront jusqu’au théâtre des opérations, qui se situe à environ 40 kilomètres plus au nord.

Le Vétéran Martin Lévesque se prépare à déposer une couronne de fleurs près du Cénotaphe du parc des Vétérans de Saint-Georges. Il est accompagné par Jacques Bélanger, militaire des Forces armées canadiennes ayant servi en Afghanistan.

Pendant plus d’un an et demi, il devra faire le dur apprentissage de la guerre des tranchées, qui oblige les combattants à demeurer durant plusieurs semaines dans ces abris infects et humides. Le bruit assourdissant des mitrailleuses aura comme effet que la plupart des soldats qui reviennent au pays doivent aujourd’hui porter des prothèses auditives. Martin Lévesque avait été formé pour manoeuvrer un canon anti-tanks, lequel ne sera guère utilisé à cause de la configuration du terrain. Ses instruments de travail seront plutôt composés d’une mitrailleuse, d’un bazooka et d’un mortier. Les combattants reçoivent un « combat ration », une sorte de boîte à lunch contenant soit du spaghetti, du corn-beef, des fèves au lard, du chocolat, du café, de l’eau ainsi que quelques cigarettes.

Le Sergent Martin Lévesque, photographié près de sa mitrailleuse. Cette photo fut prise près de la zone de combat en1951.

Côté hygiène, les soldats devaient porter leurs habits de combats durant plusieurs semaines, en attendant l’arrivée de nouveaux équipements. « Il arrivait que nous fassions laver notre linge par les Chinoises, moyennant rétribution de quelques tablettes de chocolat. Il ne faut pas oublier que pour nous qui étions habitués à un climat plus froid, la chaleur de la Corée devenait parfois insupportable. Il pouvait se passer trois mois sans recevoir une seule goutte de pluie, mais lorsque cette dernière arrivait, il pouvait y en avoir pour 15 jours, ce qui fait que nos tranchées devenaient pleines de boue dans laquelle nous devions patauger. Nous nous sentions beaucoup mieux durant la saison hivernale, alors qu’il tombait quelques flocons et que le mercure descendait ».

« Afin de garder contact avec nos familles, on nous distribuait une feuille de papier qui, une fois repliée, servait d’enveloppe. Un militaire venait chercher le courrier, qui était ouvert et lu pour en vérifier le contenu, puis était expédié. Il nous arrivait de recevoir 2 ou 3 lettres écrites par nos épouses en même temps, car la livraison n’était pas régulière ». Selon ce que m’a confié Martin: « Le plus difficile dans cette guerre était d’obliger les civils à devoir quitter leurs maisons, lesquelles seraient détruites par un bombardement au napalm, afin d’empêcher qu’elles puissent servir d’abri aux ennemis. Bien souvent, les évacués n’avaient rien à manger, et il nous est arrivé de leur distribuer le peu que nous avions. Il ne faut pas oublier qu’un pays en guerre, ça ne produit plus.

La population, qui était en partie composée de réfugiés qui avaient quitté la zone de guerre, longeait alors la ligne de chemin de fer pour se diriger vers l’inconnu. J’avais remarqué qu’il n’y avait bien souvent que des femmes et des enfants de moins de 14 ans, ou encore des vieillards, les jeunes hommes ayant quitté le village afin de combattre l’avancée des Nord-Coréens». Martin me confia qu’il n’exerce aucune rancune envers les combattants ennemis, car « ils se battaient pour une cause en laquelle ils croyaient ». Lors de l’entrevue qu’il m’a accordée, ce héros de la Guerre de Corée ne m’avait pas dit qu’il avait risqué sa vie afin de venir en aide à un compagnon, soit Roger Dupont, de Saint-Édouard-de-Frampton.

C’est la conjointe de Martin qui m’a confié qu’au cours d’une bataille particulièrement sanglante, alors que les Chinois leur tiraient dessus, le soldat Dupont fut atteint d’une balle et s’écroula sur le sol. C’est alors que Martin s’empressa de le saisir par le bras afin de l’entraîner quelques mètres plus loin, après quoi ils trouvèrent refuge dans une tranchée, sauvant ainsi la vie de son camarade. Depuis cet événement, ces deux hommes sont devenus des « Frères d’Armes », terme employé pour décrire le lien éternel qui unit les militaires qui ont vécu ce genre de situation. Quant au soldat Dupont et aux membres de sa famille, ils ont toujours témoigné à l’égard de Martin Lévesque, une extrême reconnaissance pour ce geste héroïque.

Parmi ses souvenirs les plus tristes: « Je me souviens que plus de 3 000 Chinois devaient franchir une sorte de sentier, situé entre deux falaises. Uniquement deux ou trois Chinois pouvaient s’en tirer, parmi la dizaine qui tentait de se frayer un passage. Un de nos soldats a déjà vidé le contenu de onze boîtes de grenades sur eux ce jour-là, faisant plusieurs centaines de victimes. Mais il fallait à tout prix les empêcher de gagner du terrain ». « Je me souviens aussi avoir vu la manière dont les Chinois enterraient leurs morts dans des trous creusés à même le sol, qui leur avait déjà servi d’abri. Ils entassaient plusieurs corps verticalement, ne laissant dépasser que leurs sandales. Plus tard, les familles revenaient déterrer les corps, pour leur offrir une sépulture plus digne » « La perte d’un ami qui combattait à mes côtés, Marc-André Bolduc, de Saint-Georges, fut un autre moment très difficile à accepter ».

Martin Lévesque revint au pays en 1952, et travailla notamment sur la « Ligne Dew », un réseau de stations radars situé dans la partie arctique du Grand Nord canadien, les Îles Aléoutiennes l’Islande, etc., dont le but était de détecter toute tentative d’intrusion soviétique pendant la guerre froide. Il se trouva par la suite un emploi dans les mines de nickel, et exerça jusqu’à sa retraite le métier de rembourreur. Ce vétéran de la Guerre de Corée est détenteur de la Médaille des Nations-Unies, celle du Commonwealth, ainsi que la Médaille canadienne du service volontaire pour la Corée.

Le bilan de la guerre de Corée fut plus de 2 612 000 morts, dont 1 362 000 soldats. Parmi ces derniers, 516 militaires canadiens y laissèrent leur vie, et 1 200 furent blessés, parmi les 32 000 qui ont participé directement à la guerre ou aux forces de maintien de la paix jusqu’en 1957. La seule bataille de Pyongyang fait état de 7 000 soldats américains tués, et 70 000 combattants nord-coréens. 8 700 usines furent détruites de même que 600 000 maisons et 6 000 hôpitaux. 20 pays furent impliqués dans cette guerre, et lors de la signature de l’Armistice, le 27 juillet 1953, aucun gain significatif n’avait été fait des 2 côtés. Quant à la leçon qu’aurait dû en tirer le dirigeant de la Corée du Nord, Kim Il-sung, il semble bien que cette dernière n’ait pas porté fruit, si on se fie aux menaces maintes fois formulées par son fils Kim Jong-il contre ses voisins du sud, et par le fait même contre l’Occident, d’utiliser la…bombe atomique!

En haut de l’article, on voit la photo officielle de Martin Lévesque, alors âgé de 21 ans,  quelques semaines avant son départ pour la Corée.   La seconde photo, c’est  le même homme, Vétéran de cette Guerre et qui, chaque année, se joint à ses Frères d’Armes afin de participer à la Cérémonie du Jour du Souvenir, qui a lieu au parc des Vétérans de Saint-Georges ou au parc Mathieu à Beauceville.

Reportage et photos couleur d’Yvon Thibodeau.

SHSartigan
CarteVetementsSevigny
PBeauceville
CarteDanaki
St-Côme
Raymond Vachon

Chercher dans les archives

Chercher par date
Chercher par catégorie
Chercher avec Google

Galerie photo